La Colère

Au nombre des sept péchés capitaux (ces vices qui engendrent d’autres dérèglements), la Colère figure en bonne place. Mouvement désordonné de l’esprit vers la violence, provoquée par de multiples facteurs, comme l’impatience, l’intolérance, la frustration, l’injustice, elle peut être aveugle et très dévastatrice. Car, contrairement aux autres péchés capitaux, la Colère vise directement l’entourage.

La Colère peut être déréglée dans son objet, si elle porte à une vengeance injuste. Et elle peut l’être dans sa manifestation lorsque, dans son expression, elle se laisse aller à un comportement excessif. Dès qu’il y a un tel dérèglement dans les sentiments et la volonté, il y a désordre moral, et par conséquent péché contre la charité et la justice.

Même si, dans la vie courante, un très grand nombre de colères ne sont que des fautes légères souvent dues au tempérament, à l’inadvertance ou à la fatigue, la tendance à la colère pour tout et pour rien tendra toujours à se développer, à empêcher de plus en plus la maîtrise de soi. On peut alors succomber à beaucoup de tentations reliées à la colère : se laisser aller ainsi à la violence verbale ou à l’injure, soit contre Dieu (c’est le blasphème) soit contre le prochain (et c’est l’outrage). Ou encore être conduit à la violence physique, voire aux conflits armés

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Quelle fin le Créateur poursuivait-il en mettant dans le cœur de l’homme cette passion ?

Ces grands théologiens que furent les Pères de l’Église nous donnent une réponse lumineuse.

« Le but originel de la puissance irascible en nous », affirment-ils, « c’est de lutter contre le tentateur, d’éviter le péché et le mal, de faire tout le contraire de ce que nous suggère cet ennemi qui est en nous, en déployant notre énergie à contrecarrer ses plans et à détruire son royaume, de manière à employer nos forces à construire le royaume de Dieu. C’est ainsi qu’il faut désirer nous venger du seul véritable mal, qui est le péché. Lorsque nous l’utilisons contre notre prochain, nous détournons donc la passion de colère de sa fin naturelle et nous en faisons un usage contre nature. »

Pour qu’une colère soit vertueuse, il est donc nécessaire qu’elle ne s’oppose jamais à la fin que Dieu lui a donnée en la mettant dans la nature humaine ; qu’elle demeure fondamentalement une arme de combat contre le mal et qu’elle soit toujours au service de l’amour de Dieu. C’est ensuite que, dans son exercice, elle n’agira jamais contre la raison, mais lui obéira.

Car, en tant que passion, la colère n’est pas, par essence, vicieuse ; elle est aussi le cri naturel qui dénonce l’injustice et appelle à la réparation. Et engage la conscience à dire non à toutes formes d’abus et d’injustices. Ainsi, Moïse et les prophètes ont dû parfois se livrer à des transports de colère pour défendre avec fermeté les droits de Dieu violés par son peuple et réclamer réparation par la pénitence et la conversion.

Les causes spirituelles du vice de la Colère

Le vice de la Colère est entré dans le monde à la suite du péché originel. Avant ce péché, tout était harmonieux dans l’être humain, et la passion de colère était en lui comme une force pour se défendre uniquement de l’Adversaire de Dieu, et le vaincre. L’homme avait la liberté d’utiliser cette force selon sa fin naturelle, ou de la pervertir en faisant alliance avec son ennemi contre Dieu.

En consentant à Satan, et comme conséquence de ce péché, cette force déploie maintenant presque toute son énergie dans un combat pour acquérir et conserver les biens terrestres vers lesquels l’homme a détourné son intelligence et attaché son cœur, au lieu d’être entièrement au service de Dieu et des biens spirituels.

Les remèdes moraux et spirituels à la Colère

La prière : en tant que maladie morale s’attaquant à la raison et à la liberté, la Colère a absolument besoin de l’aide de Dieu pour être rétablie dans sa finalité naturelle. Sa guérison nécessite la prière, expression spontanée de la foi et de la confiance en Jésus-Christ qui s’est fait notre frère pour rétablir la fraternité et l’unité de la grande famille humaine.

Le sacrement de la confession : dans ce sacrement de la réconciliation, il y a un remède divin à la colère,

Le pardon : pardonner les outrages, les différentes sortes de mépris, les plus graves injustices, cela est, de soi, au-dessus des forces humaines. Mais cela devient possible par la grâce de Jésus-Christ. Sans cette grâce de participation à la miséricorde divine, personne ne pourrait jouir du pardon divin, et par suite obtenir le salut éternel. C’est pourquoi dans la prière qu’Il nous a enseignée, le Seigneur nous fait demander :  » Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés « .

La vertu de douceur : la vertu de douceur assure le contrôle de la raison sur l’agressivité pour la rendre capable d’un comportement qui soit, en toutes circonstances, raisonnable et ouvert à la volonté de Dieu. Sans douceur il n’y aurait pas de compassion ni de miséricorde, et donc pas de pardon.

L’humilité : la vertu de douceur, comme remède le plus spécifique de la colère, ne peut exister sans la vertu d’humilité, qui nous fait reconnaître ce que nous sommes devant Dieu et notre prochain avec toutes nos misères, nos faiblesses, nos fautes. Parce que nous sommes de pauvres pécheurs, et beaucoup plus que nous ne le pensons, parce que nous nous trompons souvent, parce que nous avons des défauts que les autres voient mieux que nous et qui les font souffrir, nous avons besoin d’indulgence, de compréhension, de compassion, de pardon, qui sont des expressions diverses de la charité.

« Le commencement de la victoire sur la colère est le silence des lèvres au milieu du tumulte du cœur ; le progrès consiste dans le silence des pensées au milieu d’une légère agitation de l’âme ; et la perfection, dans la constante sérénité parmi le souffle des vents impurs « . (St Jean Climaque)

Comment se convertir du vice de la Colère aux vertus de douceur et d’humilité ?

  • S’interdire de se mettre en colère
    Comme, selon les Pères, l’usage naturel de l’agressivité doit être orientée à combattre le péché et le démon, il est nécessaire de refuser l’entrée de son cœur à la colère contre le prochain, même si elle était justifiée. C’est un conseil de saint Augustin :  » Il est mieux de refuser l’entrée à l’ire juste et équitable que de la recevoir, pour petite qu’elle soit, parce qu’étant reçue, il est malaisé de la faire sortir, d’autant qu’elle entre comme un petit surgeon, et en moins de rien elle grossit et devient une poutre « .
  • Cultiver la douceur
    Il faut ainsi tâcher d’être aimable et de répandre le bonheur autour de nous. C’est de cette manière que la douceur est un remède préventif, dont l’efficacité a été éprouvée par saint François de Sales lui-même.
  • Réparer le plus tôt possible nos fautes
    C’est un devoir de justice que de porter ainsi remède aux blessures qu’on a pu causer.
    N’avoir que des pensées charitables au sujet du prochain
    Pour corriger la tendance qu’on peut avoir de donner tort aux autres et de croire qu’ils ont à notre égard de mauvaises dispositions, il faut s’appliquer à leur prêter toujours de bonnes intentions et à les excuser. Par ailleurs, prendre comme règle de ne jamais écouter les mauvais rapports qu’on ne peut pas contrôler objectivement, car rien n’est plus propre à exciter la colère et à semer la division.

 » Si tu es agité par la colère et l’irascibilité, revêts-toi de sympathie et fais-toi le serviteur de tes frères. Si tu le peux, lave-leur les pieds fréquemment, en toute humilité, demande le pardon à tout le monde, visite souvent les malades, sers-toi de ta langue pour chanter les psaumes, et bien vite tu seras débarrassé de la passion « . (St Jean Damascène)

Tiré d’un article de J.Réal Bleau, ptre.www.lumenc.org