La Gourmandise

La gourmandise (ou plutôt la gloutonnerie, l’intempérance ou la goinfrerie, ces termes caractérisant mieux un sens de démesure et d’aveuglement) est le septième péché capital de la religion catholique.

Si une bonne alimentation est essentielle, la santé physique et morale supposent la maitrise de soi-même quant à la nourriture, c’est-à-dire l’acquisition d’une vertu appelée tempérance. La gourmandise est le péché qui consiste à lever le frein de cette maitrise.

La gourmandise fait plus de tort à l’esprit qu’au corps. Car en assouplissant la volonté, elle se pose en adversaire de l’effort, du courage et de la discipline.

Plus encore que la vie physique, intellectuelle et morale, la gourmandise affecte la vie spirituelle, répugnant à la pensée même de la mortification, de la privation ou de la pénitence

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Répertoriée dès le IVème siècle par un père du désert, le moine Evagre le Pontique, le pape

Grégoire Ier le Grand, au 6ème siècle, associera la gourmandise à la luxure, alors que les théologiens médiévaux le feront remonter au péché originel, lié à la gourmandise, à l’orgueil et à la désobéissance.

C’est au 13ème siècle que Saint Thomas d’Aquin en fera un péché capital, c’est-à-dire un péché qui engendre d’autres péchés, et recensera 5 manières de pécher : manger trop tôt, manger trop coûteux, manger trop, manger avec trop d’impatience, et avec trop de goût.

             Si une bonne alimentation est essentielle, la santé physique et morale supposent la maitrise de soi-même quant à la nourriture, c’est-à-dire l’acquisition d’une vertu appelée tempérance. La gourmandise est le péché qui consiste à lever le frein de cette maitrise.

Si le plaisir de manger qui nous sollicite plusieurs fois par jour devenait obsédant, nous pourrions être tentés de le rechercher pour le bonheur qu’il procure, comme le prônait d’ailleurs le philosophe païen Epicure.

Pour Aristote, et dans une conception passablement différente du bonheur, celui-ci sera inconcevable sans la vertu qui s’oppose aux extrêmes, et supposera donc de la modération dans les plaisirs légitimes.

Les Pères du désert iront encore plus loin, et adopteront la perspective du combat spirituel, et de la victoire que tout homme doit remporter sur la chair par l’Esprit. Réprouvant la gourmandise comme s’opposant davantage à la foi qu’à la raison, elle est le vice qu’il faut d’abord attaquer et vaincre, si l’on prétend acquérir d’autres vertus.

Saint Thomas d’Aquin, dans son Traité de la Gourmandise, atténuera certaines expressions des Pères qui, sorties de leur contexte, pourraient paraitre exagérées. La gourmandise demeure certes un péché, mais rarement une faute mortelle. Elle ne le devient que lorsqu’on l’identifie au bonheur, c’est-à-dire qu’elle s’impose comme étant le but de la vie, et qu’on ne mange plus pour vivre mais que l’on vit pour manger. Ou si l’on a un comportement alimentaire déréglé et, de ce fait, que l’on nuit sciemment à sa santé. Alors que tout doit être envisagé par rapport à Dieu à l’image duquel l’homme a été créé et vers lequel il doit tendre dans toutes ses actions.

Les formes de gourmandise

Il pourrait y avoir excès dans la quantité de nourriture absorbée, sans qu’il y ait nécessairement gourmandise, mais simplement à cause d’une circonstance inhabituelle ou d’une erreur d’appréciation de son propre besoin. Si, chez les animaux, le désir de nourriture est réglé par l’instinct, chez les hommes, il doit être réglé par la raison quand le désir de manger prime le besoin.

La préoccupation de la nourriture devient une forme de gourmandise lorsqu’elle fait anticiper l’heure du repas et qu’on ne sait s’imposer un temps d’attente.

D’autres formes de gourmandise se retrouvent dans le fait de manger trop, de dépasser la mesure, ou de rechercher les mets les plus délicats.

Les vices liés à la gourmandise

Aux dires de Philoxène de Mabboug qui fait écho aux Pères du désert, « la passion de  la gourmandise,  cette passion infecte et abominable, est la porte ouverte à tous les maux ». Car, ajoute-t-il, « lorsque le ventre est devenu le maitre du corps, il le commande et l’asservit à toutes ses volontés, et au lieu du chemin qui fait monter au ciel, il lui montre un autre chemin qui fait descendre au shéol ».

Pour Saint Grégoire, cinq vices qui naitraient de l’amour du ventre sont assignés à la gourmandise : « la sotte joie, la bouffonnerie, le bavardage, la stupidité de l’esprit et l’impureté» ; quatre de ces vices se rapportant à l’âme, et un autre se rapportant au corps, ce dernier étant occasionné par l’amour immodéré des plaisirs de la table, prédisposant le corps à la sensualité.

Nous pouvons dire avec plus de mesure que, si la gourmandise est comptée avec raison parmi les vices capitaux, c’est parce qu’en tant que dérèglement du désir des jouissances sensibles se rapportant au toucher, elle entraine une multitude d’autres vices. Nous ne pouvons pas dire pour autant qu’elle exerce une réelle paternité vis-à-vis de tous ces vices, car elle les occasionne plutôt qu’elle ne les produit.

Les effets négatifs de la gourmandise

  • Combien de maladies ne sont-elles pas dues aux deux espèces principales de la gourmandise que sont l’excès de nourriture ou l’alcoolisme. Ce dernier, désir désordonné de boissons enivrantes, est à lui seul responsable de maux incalculables, physiques ou moraux.
  • La gourmandise fait cependant plus de tort à l’esprit qu’au corps. Car en assouplissant la volonté, elle se pose en adversaire de l’effort, du courage et de la discipline.
  • Plus encore que la vie physique, intellectuelle et morale, la gourmandise affecte la vie spirituelle, répugnant à la pensée même de la mortification, de la privation ou de la pénitence et s’opposant par-dessus tout aux vertus théologales que sont la foi, l’espérance et la charité. Car elle ôte à l’âme le souvenir de Dieu pour le remplacer par le souvenir des plaisirs de la terre, comme le déplore Saint Paul dans sa lettre aux Philippiens (Phil. 3,18-19). 

Les remèdes à la gourmandise

  • Savoir reconnaitre l’ennemi, la fausse faim, c’est-à-dire non pas celle fondée sur le besoin réel de l’organisme, mais sur le désir qui porte à absorber de la nourriture ou de la boisson de façon désordonnée et souvent compulsive.
  • Prendre conscience du désordre spirituel que la gourmandise produit en nous, et nous appliquer avec la grâce de Dieu, à restituer l’ordre fondé sur la primauté du désir de Dieu, et donc sur la primauté pratique des vertus de foi, d’espérance et de charité. Cet ordre que la gourmandise a inversé car, en raison de son égoïsme foncier, le gourmand n’est pas capable d’aimer véritablement Dieu, détrôné dans sa pensée par son ventre ; pas plus qu’il n’est capable d’exercer la miséricorde à l’égard de son prochain dont son égoïsme l’empêche de discerner les besoins.
  • Adopter un comportement alimentaire équilibré, assuré par les vertus d’abstinence et de sobriété qui se rattachent à la vertu de tempérance. C’est par une sage pratique du jeûne qu’on peut arriver rapidement à passer de l’esclavage de la gourmandise à la maitrise de soi en regard de la nourriture.

La guérison de quelque vice que ce soit exige, selon l’évangile de Jésus, le renoncement à son objet c’est-à-dire la décision de s’en détourner avec une volonté ferme et un engagement sérieux. Jésus-Christ, en nous prescrivant les remèdes, nous donne la force de les mettre en pratique, si nous voulons bien nous attacher à Lui de toute notre âme.

C’est pourquoi Saint Ignace propose, comme règle de tempérance, de regarder Jésus manger et de tâcher de l’imiter :

« Pendant les repas, considérer le Christ Notre-Seigneur comme si on le voyait manger avec ses Apôtres, sa façon de boire, de regarder, de parler ; et tâcher de l’imiter. De la sorte, la partie supérieure de l’esprit sera occupée à considérer Notre-Seigneur, et la partie inférieure à la réfection du corps. On réalise ainsi un accord et un ordre plus parfait dans la façon de se comporter et de se gouverner. »

Ainsi, dans la conscience des limites des différentes démarches à entreprendre en vue de la guérison, le plus grand danger serait d’oublier ou de refuser le remède absolument essentiel et fondamental pour la guérison des maladies de l’âme, qui est, comme l’ont souligné les Pères, la foi en Dieu et en Jésus-Christ. Tous les remèdes naturels éprouvés sont bons mais ils restent toutefois limités. Pour une guérison de l’âme en profondeur, un travail de conversion est nécessaire, un travail ordonné à l’âme de s’ouvrir à l’action salvatrice de Jésus-Christ.