La Luxure

La luxure est un péché tyrannique qui, tout à la fois, déchaine les instincts et asservit l’homme.

Depuis la chute originelle, la sexualité est devenue anarchique. Si le patient travail de la chasteté est d’en harmoniser les composantes, celui de la luxure est de les défaire.

La luxure a aujourd’hui la partie belle. Cette «jouissance déréglée», selon le Catéchisme de L’Eglise catholique, commence dès que la sexualité se détourne de son but qui est le don, pour devenir possession.

Ce péché ne semble concerner que nous-mêmes. Pourtant, il est d’abord une injure à Dieu. «Ne savez-vous pas que votre corps est un temple du Saint-Esprit qui est en vous et que vous tenez de Dieu ? » dit saint Paul. « Et que vous ne vous appartenez pas ? (… ). Glorifiez donc Dieu dans votre propre corps» (1Co 6,19-20).

Dans l’adultère, la luxure est aussi une injustice commise à l’égard de la famille, et entraine craintes, mensonges, sentiment de culpabilité.

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La luxure est pernicieuse en raison de ses effets

Ils sont tous là: le vice né de la répétition; l’oubli volontaire de ce que Dieu demande; la blessure; la honte; l’aliénation née du désir. Et bientôt, l’asservissement.

«Tu possèderas ton prochain», susurre la luxure. Le corps du délit, c’est le corps voulu pour la seule jouissance. Le concupiscent réduit l’autre à son corps et fait du corps d’autrui un objet.

Question : souhaiterais-je être regardé (ou accepterais-je que l’on regarde mon épouse) comme je suis en train de détailler le corps de cette femme ?

La première victime

Dans l’adultère, la luxure est aussi une injustice commise à l’égard de la famille, elle brûle de l’argent et du temps. Elle fait partie de ces péchés qui trouvent leur châtiment en cette vie, soutenait Bernanos. Car la tromperie se paie de craintes constantes (être vu, attraper le sida, attendre un enfant …), et de culpabilité.

La luxure attriste plus qu’elle ne réjouit. Chair amère… Ses désordres embrument l’intelligence : Saint Grégoire le Grand estime que, si la gourmandise affaiblit l’ esprit dans sa capacité à saisir les vérités spirituelles, la luxure l’annule complètement. A minima, l’obsession du désir de plaire aliène la liberté. Car on peut être dépendant du sexe comme de l’alcool. A ce stade, le péché devenu vice est donc une pathologie.

Une «maladie de l’âme»

Déjà Basile de Césarée parlait de la luxure comme d’une «maladie de l’âme ». C’est un supplice de Tantale, une soif dévorante jamais assouvie. Dans la «tyrannie du plaisir », l’Enfer commence ici-bas. Au deuxième cercle de l’Enfer, Dante découvre le dam des luxurieux : «Et je compris qu’un tel tourment était le sort des pécheurs charnels qui soumettent la raison aux appétits».

Ce péché ne semble concerner que nous-mêmes. Pourtant, il est d’abord une injure à Dieu. «Ne savez-vous pas que votre corps est un temple du Saint-Esprit qui est en vous et que vous tenez de Dieu ? » dit saint Paul. « Et que vous ne vous appartenez pas ? (… ). Glorifiez donc Dieu dans votre propre corps» (1Co 6,19-20).

Chasteté n’est pas pruderie

On lutte contre un vice par la vertu contraire. Contre la luxure, donc, par la chasteté: «Elle nous recompose, affirme saint Augustin dans ses Confessions; elle nous ramène à cette unité que nous avions perdue en nous éparpillant». Le Catéchisme de l’Eglise catholique consacre de beaux paragraphes à cette vertu raillée, qui est pourtant liberté (n° 1337 à 1345). «L’alternative est claire, conclut le Catéchisme: ou l’homme commande à ses passions et obtient la paix, ou il se laisse asservir par elles et devient malheureux » (cf. Si 1,22).
Attention cependant, chasteté n’est pas pruderie; Il y a une obsession de la pureté qui ne vaut pas mieux que l’obsession luxurieuse.

Jean-Claude Carrière rapporte cette histoire de deux jeunes moines zen qui firent ensemble le serment de ne jamais toucher une femme. «Un jour, alors qu’ils voyageaient, ils s’apprêtaient à traverser le cours d’une rivière en crue quand ils virent apparaître une jeune femme d’une rare beauté qui leur demanda de l’aider à franchir les eaux impétueuses. Elle devait de toute nécessité traverser cette rivière, expliqua-t-elle, pour porter secours à son père malade. Toute seule et fragile, elle ne pouvait s’y risquer.

Le premier moine, sans même écouter les paroles de la jeune femme, s’avança dans le fleuve et le traversa. Le second moine saisit la femme dans ses bras et, plus lentement, plus difficilement, en s’aidant d’une corde, il la porta sur l’autre rive. La jeune femme le remercia et s’éloigna rapidement. Les deux moines reprirent leur marche. Pendant plus d’une heure ils restèrent dans le silence. Soudain le premier moine éclata de colère, de reproches, et dit à son compagnon: « Mais comment as-tu pu briser ton serment ? (…)

Tiens, lui dit l’autre, tu penses encore à elle ?».

 

D’après Pascal Ide, Famille Chrétienne