La Paresse

Cet assoupissement intérieur est le péché des disciples du Christ à Gethsémani. Et le nôtre, bien souvent… La paresse spirituelle a en horreur le bien divin, et elle refuse la joie qui vient de Dieu. Le paresseux n’est pas quelqu’un qui ne fait rien, mais quelqu’un qui fait ce qu’il veut! Il a l’action en dégoût et la tristesse de l’accomplissement de ce qu’il doit faire. Il se trouve toujours de bonnes excuses pour fuir l’oraison : « Je n’ai pas besoin de prier, je travaille en présence de Dieu, Il est à mes côtés », ou « Je prie au volant de ma voiture », etc

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Ce vice au nom mystérieux -l’Acédie – engendre une paralysie del’âme. Le cœur de la paresse est la tristesse dans l’accomplissement de ce que nous devons faire.
La « tristesse du bien divin » avance masquée : elle s’est glissée dans la peau de la paresse comme une vipère déguisée en couleuvre. Si sa morsure est indolore, son venin peut être mortel, car insensiblement, il paralyse l’âme dans son élan vers Dieu.
Cet assoupissement intérieur est le péché des disciples du Christ à Gethsémani. Et le nôtre, bien souvent

C’est l’Acédie, et non la Paresse, qui figure dans la première liste des péchés capitaux, établie à la fin du IV siècle. Les Anciens la surnommaient « démon de midi », car cette « tentation du milieu du jour », cette anorexie spirituelle, ce dégoût des choses de Dieu, cette envie d’aller voir ailleurs, pointait surtout à l’heure du midi de la vie.

C’est à la Renaissance que l’Acédie disparaît du septénaire des péchés capitaux, au profit de la Paresse. Il faut cependant se garder de confondre Paresse et Acédie. Car la seconde est, de loin, plus grave que la première.

En effet, l’« Acédie », comme un « acide » ronge la Charité, et rompt la communion avec Dieu. Il en résulte une chute de tension de l’Amour dans l’âme. Si la jalousie est une tristesse qui ne supporte pas le bien d’autrui, l’Acédie est une tristesse qui ne supporte plus le Bien qu’est Dieu. Elle est un poison pour l’Espérance et la Charité. Et ce virus sécrète un manque de goût pour le face à face de la prière. Quelle personne ne s’est jamais souvenue, au moment précis où elle s’agenouille pour prier, d’un coup de téléphone urgent à donner ? Marthe Robin (une des plus grandes figures spirituelles du XXème siècle. Ndlr) osait dire qu’entre la messe en semaine et un temps d’oraison solitaire, il valait mieux choisir l’oraison : la messe peut camoufler l’Acédie.

Le paresseux n’est pas quelqu’un qui ne fait rien, mais quelqu’un qui fait ce qu’il veut! Il a l’action en dégoût et la tristesse de l’accomplissement de ce qu’il doit faire. L’Acédie ou paresse spirituelle a en horreur le bien divin, et elle refuse la joie qui vient de Dieu.

Manifestations, Arguments et Causes de l’Acédie

  • L’Activisme.
    L’acédique ne tient pas en place. Il se disperse, s’éparpille. Il bouge pour tromper l’ ennui et pour se fuir lui-même. Cet inconstant peut faire de multiples choses importantes, mais il oublie ce qui lui est demandé ici et maintenant : son devoir d’état. En ce sens, il est paresseux. II cherche de multiples compensations à son vide intérieur, les plus accessibles plaisirs étant ceux de la table et de l’écran de télévision devant lequel il peut passer des heures.
    L’acédie s’installe alors peu à peu, et s’insinue presque à l’insu de la personne :
    « Quand nous serons mariés, j’aurai le temps de prier tous les soirs. » Dix ans plus tard : «Décidément, je ne pensais pas que c’était si fatigant d’élever des enfants. Quand ils seront grands, j’aurai le temps de prier tous les soirs » Dix ans plus tard : « Décidément, cette vie professionnelle est accaparante. Quand nous serons à la retraite, j’aurai enfin le temps de prier tous les soirs». Nous nous abusons nous-mêmes. Nous oublions au fur et à mesure nos semi-résolutions et nous camouflons notre mollesse intérieure derrière un paravent de bon sens.
  • La Justification
    L’acédique justifie son instabilité, son activisme. Et il se trouve toujours de bonnes excuses pour fuir l’oraison : « Je n’ai pas besoin de prier, je travaille en présence de Dieu, Il est à mes côtés », ou « Je prie au volant de ma voiture », etc. Que répondrait une fiancée à qui son amoureux dirait : « Je t’aime, tu sais, je pense souvent à toi dans mon travail, ou en voiture, mais je n’ai pas le temps de t’appeler et de passer te voir ? »
    Autre argument acédique : « Ne vaut-il pas mieux se dépenser à des bonnes œuvres que de demeurer inutilement dans sa cellule ? »En fait, combien de découragements et de tristesses profondes, sont la conséquence d’un activisme pastoral ; et celui-ci, la conséquence d’une Acédie dépressive qui s’ignore?
  • La greffe sur une blessure
    L’Acédie est difficile à débusquer quand elle se greffe de manière privilégiée sur certaines blessures.
    En voici un témoignage : X est un garçon très apprécié, toujours de bonne humeur ; un modérateur qui arrondit les angles, au physique comme au figuré. Voilà pour l’apparence. Elle est trompeuse. Elle a longtemps trompé X lui-même. Jusqu’à ce que des crises répétées avec son épouse lui fassent prendre conscience que celle-ci souffrait beaucoup de son côté pantouflard, casanier. II finit par comprendre que sa bonhomie, si appréciée, était en fait de la passivité et un souci extrême de préserver sa tranquillité. Car ce cadet, né après un grand frère qui s’est affronté systématiquement à ses parents, a mis en place très tôt un scénario de protection. II a toujours cherché à arranger les conflits, car il ne pouvait en supporter aucun. II suivait le groupe et ne contrariait personne, parce qu’il n’avait pas de capacité d’initiative et surtout, qu’il avait étouffé tout désir en lui. Jamais, alors qu’il était enfant, personne n’avait accordé un réel intérêt à ce qu’il pensait, sentait, désirait, voulait. Sur cette blessure d’indécision et de non désir, s’était greffé le péché de Paresse qui est « le dégoût de l’action ».
  • Le monde moderne porte à la Paresse
    C’est la quatrième raison de l’ignorance de son mal par le paresseux. Car l’air du temps est acédique : hyperactif, il incite paradoxalement à la paresse. II pousse à faire ce qui plait, à maximiser le plaisir en le variant. Il faut tout, tout de suite, sans effort, et toujours plus vite. On peut donc dire que l’impatience contemporaine est une forme d’Acédie : l’adolescent s’étonne de ne pas sauter 1,50 mètre après une semaine d’entraînement, ni de jouer le final de la Sonate au clair de lune après un an de piano ; des publicités promettent l’apprentissage de l’espagnol en trois semaines, etc… 

De la tristesse au désespoir

Ce monde acédique distille le dégoût de Dieu pour une autre raison. C’est ce qu’expliquait le cardinal Ratzinger dans une pénétrante analyse de notre société («Regarder le Christ », 1992) : l’homme d’aujourd’hui ne croit plus à l’immensité et à la beauté de sa vocation divine. II « « ne veut pas croire que Dieu s’occupe de lui, le connaît, l’aime, le regarde, et est à côté de lui ». Plus encore, le démon de l’Acédie instille à notre époque une « curieuse haine de

l’homme contre sa propre grandeur », poursuivait le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi. Une révolte intime et profonde. Au point qu’il en vient à se croire « de trop ». II s’imagine trouble-fête, créature manquée, marquée par le néant. «Sa délivrance et celle du monde consisterait donc à se dissoudre lui-même.» L’Acédie peut donc secréter une culture de mort. Elle est ainsi le vice ultime, car elle engendre le désespoir. Or, une âme qui désespère ne s’appuie plus sur Dieu. Elle ne croit plus le Salut possible et doute de la miséricorde.

Des remèdes ?

  1. Retrouver sa vocation d’enfant de Dieu
    L’acédique doit descendre en lui, et redécouvrir combien il est habité par le désir de Dieu. L’accompagnement est ici fort utile.
  1. Vivre l’instant présent
    L’ acédique vit dans l’ illusion en idéalisant le passé, ou en rêvant le futur. Or, contrairement à ce que l’ on croit, le bonheur n’est ni dans l’ après, ni dans l’ avant. Mais dans le présent. Le remède est de recevoir chaque instant comme un don, et de le transformer en acte d’amour. Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus disait que « ramasser une épingle par amour peut convertir une âme ». Chaque instant de la journée est une occasion d’aimer, et a du prix aux yeux de Dieu.
  1. Redécouvrir la prière
    Ne rêvons pas : la prière est souvent un combat. N’attendons pas de retrouver le goût de l’oraison pour recommencer à prier; c’est en priant qu’il reviendra … ou non. L’essentiel est la fidélité quotidienne. Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus a connu la sécheresse dans l’oraison durant ses neuf années au Carmel, presque constamment; cela n’empêchait pas Dieu d’habiter son cœur de plus en plus.
  1. Persévérer
    « Demeurer dans sa cellule ». C’est la persévérance qui combat l’Acédie. Dans la prière et le devoir d’état. Comme dit l’Apotre Paul, « vaquez à vos affaires » (1Th 4, 11 s).
    «Persévérer, s’accrocher à la rampe dans la nuit, tenir sous le joug, continuer sur sa lancée. Renouveler son don à Dieu dans la fidélité aux petites choses », recommande Dom Nault, moine à Saint-Wandrille.
  1. Ne pas fuir dans le sommeil
    L’hypersomnie est aussi anormale que l’ insomnie. Elle est souvent une fuite du réel. En effet, «mon âme s’est assoupie à cause du dégoût », dit le Psaume (Ps 118-119, 28)
  1. Ne pas changer de cap
    Quand survient une crise d’Acédie (ce que saint Ignace de Loyola appelle « le temps de la désolation »), « il ne faut rien remettre en question ou innover quant à ce que l’on s’était proposé et à son état de vie, dit-il, mais il faut persévérer dans ce qui avait été précédemment fixé ».
    Le changement extérieur n’induira pas de changement intérieur. En période troublée, seul le passé demeure ferme. Cela est à fortiori vrai pour les engagements décisifs.
  1. Agir à temps
    Cessez d’ajourner les décisions importantes. Vous avez une matinée devant vous ? Asseyez-vous ; faites la liste des choses urgentes à faire ; classez-les par ordre d’importance ; évaluez le temps nécessaire pour chacune d’elle ; et commencez par le haut de la liste. Quitte à vous récompenser ensuite si vous avez fait ce que vous deviez .
  1. Prendre des initiatives
    Ne réalisez-vous pas que les autres (conjoint, amis, collègues, ..) en ont assez de toujours tout décider pour vous ? Humilité ou esprit de conciliation n’est pas désengagement.
    Cessez d’être « wagon », soyez de temps en temps « locomotive ».
    Arrêtez aussi de laisser les événements décider à votre place, et de laisser pourrir les situations. En vous justifiant : « Je fais confiance à la Providence, je ne cherche pas à tout contrôler ». Reste que vous êtes, vous, en perte totale de contrôle !
  1. Combattre l’oisiveté
    Elle est mère de tous les vices, dit-on. Les Pères du désert insistaient sur l’importance du travail manuel pour le moine « Le moine qui travaille est tenté par un seul démon, mais celui qui est oisif est la proie d’esprits innombrables. »

 

 

Tiré de « Famille chrétienne »
Pascal Ide et Luc Adrian