La Force

Troisième vertu cardinale, la Force permet, dans les difficultés, de garder fermeté et constance dans la poursuite du bien. En affermissant la résolution de résister aux tentations et de surmonter les obstacles dans la vie physique ou morale, elle nous permet de poursuivre nos objectifs malgré toutes les sollicitations qui peuvent nous en écarter.

On a généralement une représentation faussée du courage. Pour la plupart de nos contemporains, c’est une qualité qui permet d’affronter l’autre. En réalité, nous devons reconsidérer notre concept de la puissance que l’on prête à Dieu.

La force de Dieu est ce qui lui permet de dépasser sa transcendance pour rejoindre l’homme dans un retrait et un abaissement volontaire. En écho, la force de l’homme est ce qui lui permet d’accueillir cet amour en unifiant les énergies animales ou chaotiques et les énergies divines ou transcendantes qui habitent simultanément en lui. « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu » : cet enseignement de l’Eglise, au fondement de notre foi, mène à une expérience de mutation rendue possible par beaucoup d’entrainement et une grande force pour ne pas céder aux pensées négatives qui sont souvent plus dangereuses qu’elles paraissent anodines. Et d’être animé, non par un désir infantile de maitrise de soi sans secours extérieur, mais par l’amour du Christ à la grâce duquel on s’abandonne

… pour en savoir plus

Ci-dessous, un extrait de l’audience générale accordée par le pape Jean Paul II le 15 novembre 1978, au cours de laquelle il s’est exprimé sur cette vertu. Propos simples mais percutants, et sources de réflexion, à l’exemple de toutes ses interventions. 

La vertu de force ou de courage se manifeste de mille manières

« Pour nous, qu’est-ce qu’un homme fort, un homme courageux ?

Selon la doctrine de saint Thomas, possède la vertu de force celui qui est prêt à affronter les adversités pour une juste cause, pour la vérité, pour la justice, etc…
Fait preuve de courage également celui qui risque sa vie pour en sauver une autre. C’est pourquoi nous avons beaucoup d’estime pour les personnes qui se distinguent par ce que l’on appelle le Courage civique.
Mais nous pensons aussi avec admiration aux alpinistes qui gravissent les sommets de l’Everest ou aux cosmonautes, en particulier ceux qui ont posé pour la première fois le pied sur la lune…
Vous le voyez, la vertu de courage se manifeste de mille manières. Certaines sont très connues, ont une certaine renommée. D’autres le sont moins, bien qu’elles requièrent souvent une force encore plus grande. »

Surmonter la faiblesse humaine et surtout la peur

« Posséder la vertu de courage, c’est surmonter la faiblesse humaine, le danger, les malheurs, la souffrance et surtout la peur, que l’homme, de par sa nature, est porté à éviter.

Il faut donc chercher les hommes courageux non seulement sur les champs de bataille, mais aussi dans les hôpitaux et partout ou l’on souffre.
Cherchons-les aussi parmi ceux qui vivent dans un climat de menace, d’oppression ou de persécution. Quelle n’est alors la force de ces hommes, capables de franchir la barrière de la peur pour rendre témoignage à la vérité et à la justice.
Pour atteindre une telle force, l’homme doit en quelque sorte aller au-delà de ses propres limites et se dépasser lui-même en courant le risque de l’inconnu, le risque d’être mal vu, le risque de s’exposer à des situations désagréables, de supporter les injures, les dégradations, les pertes matérielles, et même d’endurer la prison ou les persécutions. Pour atteindre une telle force, l’homme doit être soutenu par un grand amour de la vérité et du bien auquel il se consacre. »

La vertu de force va de pair avec le sacrifice

Cette vertu avait déjà chez les anciens une valeur bien définie. Avec le Christ, elle a acquis une valeur évangélique, chrétienne.

L’Evangile s’adresse aux faibles, aux pauvres, aux doux et aux humbles, aux artisans de paix, aux miséricordieux, et il est en même temps un incessant appel à la force, au courage. Il dit souvent : « N’ayez pas peur (Mt 14,27) ». Il enseigne à l’homme qu’il faut savoir donner sa vie (Jn 15,13) pour une juste cause, pour la vérité, pour la justice.
Nous avons besoin de force pour être des hommes. Prions le Saint-Esprit pour qu’il nous octroie ce don. Car lorsque nous-mêmes n’avons pas la force de nous dépasser, pour atteindre des valeurs supérieures comme la vérité, la justice, la vocation ou la fidélité conjugale, il faut que ce don d’en-haut puisse faire de chacun de nous un homme fort, et nous murmure au bon moment : « Courage ! ».

POUR VIVRE LA FORCE

  • Se donner un programme pour la journée et essayer de s’y tenir : lectures, prières, méditations, tâches pratiques, etc… Faire ce qu’on doit faire en étant fidèle à ses rendez-vous quotidiens nous rend forts. La vie monastique elle-même est construite autour de repères temporels précis qui sanctifient le temps.
  • Se mettre à l’écoute du Maître intérieur. Si nous entrons en dialogue avec Lui, Dieu nous donnera des conseils judicieux pour la conduite de notre vie. La pratique régulière de l’écoute donne beaucoup de force et de courage.
  • Pratiquer l’ascèse comme un exercice régulier. Exercice pour le corps (marche, sport), exercice pour l’intellect, (lire, converser, étudier les Ecritures) et enfin exercice pour l’âme grâce en tout premier lieu à la pratique liturgique. Communier au corps et au sang du Christ ne peut que nous rendre plus fermes dans notre foi et plus forts, plus ancrés dans la vie.