A – HISTORIQUE DE LA PRESENCE DES CAPUCINS AU LIBAN *

Les capucins sont parmi les premiers missionnaires venus au Liban et au Proche-Orient. Ils arrivèrent des Provinces de Bretagne et de Touraine patronnés par le Roi de France et son ministre, le capucin Joseph de Tremblay, surnommé l’Éminence Grise.

Ils s’installent d’abord à Saida, au Khan des Francs en 1626. Cette ville devait rester la résidence du Préfet jusqu’en 1790. Y brilla notamment le P. Gilles de Loches, un savant et un linguiste hors pair. On lui doit l’école de Saida.

Deux ans après Saida (1628), les Capucins s’installèrent à Beyrouth dans une église qu’ils se partagèrent avec les Maronites pendant plus de cent ans. En 1730, ils bâtirent leur église propre face à la place actuelle Riad el Solh jusqu’au jour où ils la remplacèrent par l’actuelle cathédrale St. Louis en 1868.

Les Capucins firent de Beyrouth leur base pour l’apostolat itinérant parmi les Maronites de la Montagne. Leur plus éclatant succès fut le baptême absolument certain de l’Émir « Louis-François Fakhr-ed-Dine» (1633). La réaction ottomane fut immédiate ; cinq missionnaires capucins furent arrêtés, condamnés aux galères. Deux moururent, l’un au bagne, l’autre en route des suites de ses tortures. Les Capucins n’en continuèrent pas moins leurs contacts avec la famille de Fakhr-ed-Dine. Son neveu, l’Émir Melhem, les voulut prés de lui et leur offrit le couvent de Abey (1645), qui, avec l’église de St. Louis est la plus ancienne résidence, occupée actuellement par les Druzes.

Les missionnaires eurent à leur actif la conversion d’une autre famille princière, celle des Émirs Abillamah, aujourd’hui tous Maronites. L’Émir Abdallah leur offrit le couvent de Salima, bâti à ses frais. Au Liban Nord, les Capucins eurent une résidence de courte durée á Hasroun (1628).

De Hasroun, les Capucins descendirent à Tripoli comme chapelains des Vénitiens et curés des latins jusqu’en 1790. Après la Révolution, on doit aux capucins français une autre résidence en plein cœur du Kesrouan, à Ghazir, dont ils firent un centre de rayonnement dans les villages et les monastères maronites.

La Révolution Française tarit les vocations et mit fin aux activités des Missionnaires. Les capucins italiens prirent la relève (1800-1903). En 1903 la Propaganda confia les deux Missions de Syrie et de Mésopotamie à la Province de Lyon.

Les Lyonnais centrèrent leurs efforts sur la recherche de vocations orientales et sur les écoles de village confiées à un homme de Dieu, le P. Jacques de Ghazir. Il couvre l’avant-scène capucine avec ses 230 écoles et ses 10.000 tertiaires. La guerre l’éprouva durement: ses confrères expulsés, lui-même soupçonné et arrêté. La Mission déplora le massacre de 1.500.000 chrétiens, victimes d’un odieux génocide. Parmi eux deux jeunes capucins baabdatiens, le P. Léonard Melki martyrisé avec le convoi du Bx. Ignace Maloyan (11/6/1915) et dont le procès de béatification est en cours, et le P. Thomas Saleh mort d’épuisement sur la route de l’exil (28/2/1917).

B- LES CAPUCINS A BAABDATH

L’histoire des capucins de Baabdath est étroitement liée à l’histoire des capucins de Salima.

En 1703, l’émir druze Abdallah Abillama, chef féodal de Mtein et de Salima, offrit aux capucins des terrains et un couvent construit à ses frais, mis sous le patronage de l’apôtre saint Pierre. Il laissait d’autre part aux capucins la pleine liberté d’exercer leur apostolat dans les villages alentour. L’émir était en étroite relation avec les capucins de Beyrouth et de Saïda et préparait avec eux son propre baptême.

Les intrigues du pacha de Saïda eurent raison de lui. Arrêté dans un guet-apens, il arpentait son étroite cellule en répétant : « Comment vais-je mourir sans être baptisé chrétien ? »

Le domestique de Saïda, instruit par le frère Charles de Tougère, lui dit : « Émir, moi je te ferai chrétien ; ôte ton turban et laisse-moi faire. » Et le domestique le baptise.

Les enfants de l’émir Abdallah aidés par les maronites réussirent à libérer le prisonnier. Les deux fils de l’émir restèrent druzes alors que les autres membres de la famille Abillama devinrent chrétiens maronites, et ils le sont jusqu’à nos jours.

Les capucins français rayonnèrent dans la région jusqu’en 1790, puis disparurent avec la Révolution française. Les capucins restés au Liban prirent la relève. L’un d’eux se distingua par l’aide aux enfants trouvés recueillis à Beyrouth par les Filles de la Charité (les sœurs lazaristes).

Après 1870, le Père André de Léonessa qui supervisait l’école de Salima et 15 autres écoles de villages imagine la création d’un grand collège interne de haut niveau pour la bourgeoisie de Beyrouth et d’Alexandrie. Il avait vu trop grand. Le fameux collège entraîna des dettes très lourdes et fut mal vu par les supérieurs de Rome. Une occasion se présenta qui épargna au Père André l’aspect d’un limogeage : suite à des remous politico-religieux à Baabda et pour ramener dans l’Église catholique une fraction de la population, Rome demanda aux capucins de prendre Baabdath en charge.

1- L’étincelle

Rien ne distinguait alors le village de Baabdath des localités voisines. On y menait une vie calme et laborieuse. Ses habitants (près de 1200) étaient tous maronites, servis par trois prêtres du village.

Vers le milieu du XIXème siècle, l’étincelle de la discorde s’alluma à propos d’intérêts économiques et sociaux, notamment autour d’un problème d’alimentation en eau qui favorisait certaines familles au détriment de plusieurs autres ; l’ administration corrompue du « Waqf » , une plaque à la porte d’entrée de l’église Notre Dame dont le contenu avait été injuste, et la valorisation des tombes privées au dépens des tombes publiques ne firent qu’amplifier le clivage. L’affaire prit de l’ampleur, les points de friction se multiplièrent, les esprits s’échauffèrent. Les familles qui s’estimaient lésées décidèrent de se tourner vers la justice, puis vers les autorités religieuses qui, en prenant partie pour un clan déterminé, leur opposèrent une fin de non-recevoir.

Ces luttes eurent des conséquences néfastes. Elles consacrèrent la scission du village en deux clans : l’un, appuyé par le Patriarche, l’évêque maronite et le Kaïmakam ; l’autre, celui du reste de la population, prête à l’explosion.

2- Le protestantisme

Cette crise avait atteint un point de non retour. Les Baabdathiens eurent un dernier recours : celui de demander le passage au rite latin. Après « mûre et sérieuse réflexion », ils en présentèrent officiellement la requête à Mgr. Gaudenzio Bonfigli, Délégué Apostolique. La demande ne fut pas prise au sérieux car, non seulement elle ne réglait pas les problèmes mais elle en suscitait d’autres.

Ils décidèrent alors de se tourner vers le protestantisme. Ils furent reçus à bras ouverts par Théophile Waldmeyer, pasteur des Friends-Quakers, installés à Broummana, village voisin de Baabdath. Les protestants cherchaient alors, par tous les moyens, à s’adjoindre de nouveaux adeptes, en leur prodiguant une aide matérielle et une aide scolaire pour leurs enfants. Le pasteur promit l’ouverture d’une école et l’envoi d’un pasteur pour le culte, chaque dimanche. Ainsi, il loua une maison qui servirait à la fois d’église, puis d’école. Elle fut inaugurée dans le culte protestant le dimanche 28 février 1892.

Cependant, ces nouveaux protestants gardaient vivante et chevillée au cœur leur foi catholique, mais résistèrent à toutes les tentatives de les faire revenir au rite maronite.

3- Le latinisme

De longues tractations entre l’évêque maronite et le Patriarche, la délégation apostolique à Beyrouth et la Sacrée Congrégation pour la propagation de la foi à Rome aboutirent à la décision finale : admettre les « protestants » Baabdathiens dans le rite latin et confier leur service religieux aux Capucins sous la juridiction du Délégué Apostolique.

Depuis leur installation au Liban en 1626, les Capucins n’avaient jamais essayé de faire passer les Maronites au rite Latin, ni accepté un seul postulant dans leur Ordre. Ils étaient considérés comme des appuis à leurs confrères orientaux.

Malgré leur réticence, il leur fallut tout de même obéir. Le Père André de Leonessa fut ainsi désigné pour prendre en charge les « latinisés ». Il était en Orient depuis plus de vingt ans, il parlait l’arabe, et avait lancé, à Salima, le Collège Notre Dame de Lourdes, qu’il avait dirigé pendant dix ans. Sur ordre des Supérieurs, le Collège venait d’être fermé. Nul donc mieux que lui n’était désigné pour prendre Baabdath en main.
Sa mission commença le 5 janvier 1893. Elle mit le point final à la présence protestante, commencée le 28 février 1892. Celle-ci aura duré dix mois et une semaine. Ce jour là, le Père André rassembla son peuple, soit une foule de 722 personnes dans l’église S. Georges des Maronites, leur donna l’absolution de l’apostasie commise, et les déclara, au nom du Saint-Siège, paroisse latine sous la juridiction du Délégué Apostolique.

Ainsi fut créée la Paroisse Saint Antoine de Padoue à Baabdath, foyer de prière et lieu de refuge momentané pour les opprimés… en attendant le jour béni de la réconciliation.

4- L’installation:

a- Le cimetière

Après la profession de foi catholique de leurs 722 paroissiens, les capucins allèrent au plus urgent. Il fallait absolument un terrain pour enterrer les morts éventuels sans affronter de nouveaux conflits. À cet effet, ils achetèrent un terrain aménagé en cimetière. Plus tard, le regretté Jean Labaki y ajouta une parcelle de son héritage. Bien plus tard en 1970, les capucins confièrent à M. Toufic Labaki la restauration du cimetière avec la custodie et les paroissiens. Aujourd’hui, le cimetière a pris une forme nouvelle après l’achat d’un terrain contigu appartenant à M. Milad Charabati. Au milieu du nouveau terrain a été érigée une chapelle mortuaire destinée à commémorer la mémoire de tous les capucins qui ont servi ou serviront nos établissements.

b- Les écoles

Le père André de Léonissa savait très bien que Dieu n’est pas le Dieu des morts et que lui, premier curé, avait à s’occuper de ses paroissiens. Il engagea les démarches pour leur bâtir une église, entreprise qui demandait des années. Entre temps, il fallait instruire et éduquer la jeunesse – il en était familier avec les 15 écoles du village qu’il patronnait à Salima. Ainsi furent créées l’école des garçons et celle des filles, confiées à d’excellents éducateurs. Nous devons un hommage particulier à un vétéran M. Michel, pasteur remarquable qui devint prêtre et curé des maronites de Baabdath, avec le nom de Abouna Mikhaël Labaki. Plus importante que le niveau scolaire était l’ambiance religieuse à l’école et à la paroisse qui devint une pépinière de vocations. Quatre jeunes sollicitèrent leur adhésion à l’ordre capucin. Faveur qui leur sera accordée (nous en reparlerons dans un article prochain).

c- La nouvelle église

Après avoir doté leur paroisse d’un cimetière et d’une école, il restait aux capucins de construire une église à eux en remplacement de l’église maronite St Georges. Les travaux furent confiés à l’ingénieur Combe et se prolongèrent de longs mois à cause de la lenteur du financement.

En juin 1900 fut consacrée dans la joie l’église St-Antoine de Padoue flanquée d’une résidence pour les prêtres. Elle était belle avec sa structure hexagonale. Plus tard en 1908, un nouveau curé, le P. Bruno de Pont à Mousson, y mit tout son art de peintre. Il décore le sanctuaire avec les scènes conserves jusqu’aujourd’hui. Les nefs et le plafond n’eurent pas l’honneur d’être protégés. La moisissure les attaqua, les parois s’effritèrent à un degré irréparable. En 1995, il fallut se résigner à les supprimer pour laisser place à la pierre, très belle d’ailleurs. Beaucoup de paroissiens regrettèrent la disparition des fresques représentant, à côté du confessionnal, la fresque de l’enfant prodigue, et près de l’autel latéral la fresque du mulet adorant la Sainte Hostie portée par Saint-Antoine.

d- Les fresques de l’église S. Antoine de Padoue à Baabdath

Depuis sa construction en 1900, date indiquée sur une plaque apposée au tympan du fronton surmontant le portique de l’église, plusieurs peintres ont montré leur talent dans les fresques de l’autel, du plafond et des murs latéraux. Nous allons les présenter par ordre chronologique :

1- Ludovicus Zaiwker, peintre allemand protestant, le premier a avoir dessiné sur les murs des phrases en arabe, sans en connaître le sens. P. Antoine de Baltagia, Capucin bulgare, premier curé de S. Antoine, l’a initié au catéchisme de l’Église catholique et l’a baptisé à S. Antoine après qu’il ait renié son affiliation à une secte protestante, lors d’une séance publique tenue à l’église même, le 8 décembre 1901, en présence de plusieurs témoins. Il ne reste rien de ces phrases arabes dessinées.

2- P. Bruno de Pont-à-Mousson, Capucin français, curé de S. Antoine de 1908 à 1914, puis de 1919 à 1927. C’est lui qui a dessiné la plupart des fresques, celles surtout de l’autel et du plafond. Des experts en art, tels que : P. Jean Sader, religieux Antonin Libanais et peintre, P. Abdo Badawi, religieux de l’Ordre Libanais Maronite et peintre, ont évalué ces fresques et montré qu’elles ressemblent à celles du Siège patriarcale de Diman. De plus, elles relèvent de l’École italienne de peinture, Baroque et Roccoco.

On peut aussi attribuer à P. Bruno le tétramorphe ou les 4 symboles des évangélistes, à savoir : L’homme pour Matthieu, le lion pour Marc, le taureau pour Luc, l’aigle pour Jean. Le tétramorphe a été remplacé par les graffitis, lors de la restauration de l’église qui a eu lieu en 1995.

On aurait tendance à penser que P. Léonard Melki, notre futur Bienheureux, lors de son séjour à Baabdath en 1911, a pu mettre la main dans les fresques de P. Bruno, vu les compétences artistiques dont il jouissait.

3- Un peintre polonais inconnu, installé à Baabdath avec la Colonie des Polonais qui ont fui leur pays lors de la deuxième Guerre mondiale. On lui attribue deux fresques qui étaient à l’entrée de l’église, l’une à gauche représentant l’enfant prodigue, l’autre à droite, représentant le miracle de la mule s’agenouillant devant le Saint Sacrement porté par S. Antoine de Padoue.

  1. Antoine Lammens, grand restaurateur des musées de France, qui n’a aucune relation avec le P. jésuite du même nom, invité à Baabdath par des laïcs zélés pour donner son avis sur le projet de restauration de l’église de 1995, a recommandé de conserver ces deux fresques qui ont une nette valeur artistique. Le conseil n’a pas été suivi.

De nos jours, les fresques restantes, malgré leur valeur artistique minime, font partie du Patrimoine chrétien de Baabdath. Nous devons veiller à ce qu’elles restent en bon état. 

e- Premières vocations capucines
Le but des Capucins fut d’élever leurs nouveaux paroissiens à un niveau spirituel tel qu’il puisse les amener à oublier et pardonner le passé. Ils exécutèrent ce travail de longue haleine en profondeur, en donnant le témoignage d’une vie de prière, d’austérité et de dévouement. La vie dans leur église paroissiale, dédiée à saint Antoine de Padoue, était le plus éloquent des discours.
Le Père André de Leonessa (Italien) et son confrère le Père François-Marie Zein de Salima (Libanais), et après eux le père Gabriel-Marie Kneider d’Alep (Syrien) centrèrent leur attention sur les jeunes. Et voici que quatre d’entre eux vinrent leur soumettre leur vif désir de les rejoindre dans la vie religieuse capucine. Lentement, ils les préparèrent, leur donnant les premiers éléments de langue italienne adoptée au petit séminaire de San Stefano près d’Istanbul, où ils les envoyèrent, en août 1897.

f- Les postulants Baabdathiens
Ces quatre premiers postulants Baabdathiens pour San Stefano étaient :

– Youssef Habib MELKI, né le 1/10/1881, devenu Père Léonard, martyr à Mardine, le 11 juin 1915.
– Geries Hanna SALEH, né en 1879, devenu Père Thomas, martyr à Marache, le 18 janvier 1917.
– Farés Mansour Fadel, né le 7/2/1879, devenu Père Bonaventure, déporté avec le Père Thomas, il survécut et revint au Liban. Il mourut à Deir-Ezzour (Syrie) le 15/8/1936.
– Michel Nouhra LABAKI. Ce dernier ne tarda pas à revenir au Liban où, rejoignant la vie civile, il se maria en 1916. Né en 1884, il décéda le 27 août 1971, sans héritiers, et fut enterré à Beit-Mery (Liban).

– Deux ans plus tard, un cinquième postulant, Mikhaël Kanj ALLABAKI, les rejoignit. Devenu Père Paul, missionnaire à Antioche, Mersine, Adana et Tarse, il revint à Beyrouth où il continua son apostolat à la cathédrale S. Louis.  Né le 13/9/1882, il décéda au Liban le 8/2/1963, à l’âge de 81 ans dont 60 de religion, et fut enterré en l’église Notre Dame de Baabdath, à côté de son frère, le P. Youssef Kanj Labaki, prêtre maronite.

– Après lui, un an plus tard, un sixième postulant, Elias Youssef FADDOUL, les rejoignit. Devenu P. Elie, missionnaire dans les îles grecques, il choisit de ne plus revenir au Liban et préféra partir au Brésil y continuer le service de l’Église et des émigrés orientaux, comme prêtre séculier. Né le 2/3/1883, il décéda au Brésil.

g- Capucins d’avant-guerre

La belle figure des deux martyrs Léonard et Thomas ne doit pas nous faire oublier cette pléiade de missionnaires qui se consacrèrent à l’apostolat paroissial: Le P. André de Léonissa, qui reçut la profession de foi de ses 722 paroissien le 5 janvier 1893, fut appelé à remplir le rôle de supérieur de la mission, Accablé, malade, il écrivit au P. général : « Donnez-moi l’autorisation de revenir en Italie. Quand ma lettre vous arrivera, je serai peut-être déjà mort.»

De fait quand la lettre arriva, il était mort quatre jours avant.

Nous n’avons aucune information sur le sort du P. François Marie Zein de Salima. Il rejoignit sa province d’origine.

Le P. Gabriel Marie d’Alep vit tomber sur lui les foudres du délégué apostolique de Tyr pour avoir conduit à Istamboul les 4 premiers candidats capucins.

Le P. Gabriel Marie était innocent. Le fond du problème était que le délégué apostolique ne voulait absolument pas de clergé latin oriental.

Après le Père Gabriel Marie, Baabdath eut à déplorer la perte d’un jeune prêtre italien, élève de Boudja. Après avoir célébré les offices de la semaine sainte et la messe de Pâques, il fut pris d’un malaise inexplicable. Il s’effondra à l’âge de 31 ans.

Son successeur, lui aussi élève de Boudja, mérite une place spéciale. Sans la foi et la prière de son père, nous aurions assisté à une douloureuse apostasie. En effet découragé, mal compris, harcelé par les intrigues gouvernementales, il avait décidé de quitter les capucins. pis encore d’abandonner le sacerdoce. Son père lui écrivit une lettre pathétique. Il était son père, donc prêt à le recevoir comme l’enfant prodigue. Mais il le suppliait de ne pas lui briser le cœur par cet acte insensé. « Va devant l’autel, prie à genoux. » Il le fit, fondit en larmes et reprit son énergie. Il se promit, pour compenser, de faire de Baabdath une paroisse modèle. Il voulut y introduire tous les organismes qu’on trouve en général en Europe. Coup sur coup, il lança la Congrégation de la Vierge, la chorale en français et en arabe, le Tiers Ordre de St François confié au Bienheureux Père Jacques (Abouna Yaoub). Il reprit en main l’école des garçons et appela les sœurs de la Charité de Besançon pour prendre en main son école de filles. Les sœurs y réussirent si bien que peu après, elles eurent la direction exclusive de l’école actuelle du village. Il lança une originalité : celle du son de l’angélus et le tintement chaque soir à 8h d’un appel à la prière pour les morts. Dommage qu’on l’ait abandonné.

Un accident mérite d’être mentionné. Les tertiaires de Père Jacques avaient l’habitude de tenir leur réunion à 3h chaque mois.

En ce 9 février, fête de St Maron, le Père Jacques avait devancé l’horaire, étant retenu ailleurs.

Tous avaient déjà quitté l’église quand une foudre épouvantable s’abattit, les cloches tombèrent, une d’entre-elle prit feu, l’autre fracassa la table de marbre de l’autel. Pas de victimes, grâce à Dieu.

h- Restauration de l’Église

Nos lecteurs sont invités à regarder l’intérieur du tabernacle. Lors de la restauration de l’église en 1995, nous avons tenu à ce que la porte du tabernacle soit précisément une partie de la table de marbre avec l’inscription de l’époque rappelant le choc de la foudre.

En 1908, le Père Antonio Maria de Baltagia revint en Bulgarie. Il avait eu deux ans plus tôt la joie de revoir ses confrères de Boudja Thomas et Léonard, venus célébrer leurs premières messes au village.

Nous nous sommes déjà arrêtés sur la figure de Père Bruno de Pont-à-Mousson, le peintre prodigieux qui décora le sanctuaire, le plafond et les nefs. Nous signalons un détail en son honneur. Religieux strict, il se devait d’observer le jeûne. Mais perché là-haut sur son échafaudage, il risquait d’être pris de vertige. Humblement, il écrivit au supérieur pour être dispensé du jeûne…

La présence des Capucins, depuis plus d’un siècle, et celle des Sœurs de la Charité de Besançon, arrivées en 1907, ont fait de Baabdath un village privilégié. Le niveau culturel, atteint grâce aux Missionnaires, permit aux Baabdathiens d’occuper de hautes charges dans l’Armée, le Parlement, l’Université, le commerce, l’industrie, l’Administration publique et le monde des affaires.
Le village peut se glorifier aussi d’avoir donné à l’Église une belle gerbe de prêtres et de religieuses qui ont tenu haut le flambeau de la foi et de la charité.

  • Les informations de cet article ont été puisées sur les sites :

www.capucinsorient.org/files/histoire2.htm

www.leonardmelki.org

et dans le livre de Dr. Joseph Labaki : Baabdath entre le maronitisme, le protestantisme et le latinisme, 1890-1920, Patrimoine chrétien de Baabdath, No. 5, Computype, 2013, 464 pages.

Avec l’aimable autorisation de M. Fares Melki

Histoire de la paroisse

A – HISTORIQUE DE LA PRESENCE DES CAPUCINS AU LIBAN*

capucin

Les capucins sont parmi les premiers missionnaires venus au Liban et au Proche-Orient. Ils arrivèrent des Provinces de Bretagne et de Touraine patronnés par le Roi de France et son ministre, le capucin Joseph de Tremblay, surnommé l’Éminence Grise.

Ils s’installent d’abord à Saida, au Khan des Francs en 1626. Cette ville devait rester la résidence du Préfet jusqu’en 1790. Y brilla notamment le P. Gilles de Loches, un savant et un linguiste hors pair. On lui doit l’école de Saida.

Deux ans après Saida (1628), les Capucins s’installèrent à Beyrouth dans une église qu’ils se partagèrent avec les Maronites pendant plus de cent ans. En 1730, ils bâtirent leur église propre face à la place actuelle Riad el Solh jusqu’au jour où ils la remplacèrent par l’actuelle cathédrale St. Louis en 1868.

Les Capucins firent de Beyrouth leur base pour l’apostolat itinérant parmi les Maronites de la Montagne. Leur plus éclatant succès fut le baptême absolument certain de l’Émir « Louis-François Fakhr-ed-Dine» (1633). La réaction ottomane fut immédiate ; cinq missionnaires capucins furent arrêtés, condamnés aux galères. Deux moururent, l’un au bagne, l’autre en route des suites de ses tortures. Les Capucins n’en continuèrent pas moins leurs contacts avec la famille de Fakhr-ed-Dine. Son neveu, l’Émir Melhem, les voulut prés de lui et leur offrit le couvent de Abey (1645), qui, avec l’église de St. Louis est la plus ancienne résidence, occupée actuellement par les Druzes.

Les missionnaires eurent à leur actif la conversion d’une autre famille princière, celle des Émirs Abillamah, aujourd’hui tous Maronites. L’Émir Abdallah leur offrit le couvent de Salima, bâti à ses frais. Au Liban Nord, les Capucins eurent une résidence de courte durée á Hasroun (1628).

De Hasroun, les Capucins descendirent à Tripoli comme chapelains des Vénitiens et curés des latins jusqu’en 1790. Après la Révolution, on doit aux capucins français une autre résidence en plein cœur du Kesrouan, à Ghazir, dont ils firent un centre de rayonnement dans les villages et les monastères maronites.

La Révolution Française tarit les vocations et mit fin aux activités des Missionnaires. Les capucins italiens prirent la relève (1800-1903). En 1903 la Propaganda confia les deux Missions de Syrie et de Mésopotamie à la Province de Lyon.

Les Lyonnais centrèrent leurs efforts sur la recherche de vocations orientales et sur les écoles de village confiées à un homme de Dieu, le P. Jacques de Ghazir. Il couvre l’avant-scène capucine avec ses 230 écoles et ses 10.000 tertiaires. La guerre l’éprouva durement: ses confrères expulsés, lui-même soupçonné et arrêté. La Mission déplora le massacre de 1.500.000 chrétiens, victimes d’un odieux génocide. Parmi eux deux jeunes capucins baabdatiens, le P. Léonard Melki martyrisé avec le convoi du Bx. Ignace Maloyan (11/6/1915) et dont le procès de béatification est en cours, et le P. Thomas Saleh mort d’épuisement sur la route de l’exil (28/2/1917).

B- LES CAPUCINS A BAABDATH

Paroisse nouveau site internetL’histoire des capucins de Baabdath est étroitement liée à l’histoire des capucins de Salima.

En 1703, l’émir druze Abdallah Abillama, chef féodal de Mtein et de Salima, offrit aux capucins des terrains et un couvent construit à ses frais, mis sous le patronage de l’apôtre saint Pierre. Il laissait d’autre part aux capucins la pleine liberté d’exercer leur apostolat dans les villages alentour. L’émir était en étroite relation avec les capucins de Beyrouth et de Saïda et préparait avec eux son propre baptême.

Les intrigues du pacha de Saïda eurent raison de lui. Arrêté dans un guet-apens, il arpentait son étroite cellule en répétant : « Comment vais-je mourir sans être baptisé chrétien ? »

Le domestique de Saïda, instruit par le frère Charles de Tougère, lui dit : « Émir, moi je te ferai chrétien ; ôte ton turban et laisse-moi faire. » Et le domestique le baptise.

Les enfants de l’émir Abdallah aidés par les maronites réussirent à libérer le prisonnier. Les deux fils de l’émir restèrent druzes alors que les autres membres de la famille Abillama devinrent chrétiens maronites, et ils le sont jusqu’à nos jours.

Les capucins français rayonnèrent dans la région jusqu’en 1790, puis disparurent avec la Révolution française. Les capucins restés au Liban prirent la relève. L’un d’eux se distingua par l’aide aux enfants trouvés recueillis à Beyrouth par les Filles de la Charité (les sœurs lazaristes).

Après 1870, le Père André de Léonessa qui supervisait l’école de Salima et 15 autres écoles de villages imagine la création d’un grand collège interne de haut niveau pour la bourgeoisie de Beyrouth et d’Alexandrie. Il avait vu trop grand. Le fameux collège entraîna des dettes très lourdes et fut mal vu par les supérieurs de Rome. Une occasion se présenta qui épargna au Père André l’aspect d’un limogeage : suite à des remous politico-religieux à Baabda et pour ramener dans l’Église catholique une fraction de la population, Rome demanda aux capucins de prendre Baabdath en charge.

1- L’étincelle

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Rien ne distinguait alors le village de Baabdath des localités voisines. On y menait une vie calme et laborieuse. Ses habitants (près de 1200) étaient tous maronites, servis par trois prêtres du village.

Vers le milieu du XIXème siècle, l’étincelle de la discorde s’alluma à propos d’intérêts économiques et sociaux, notamment autour d’un problème d’alimentation en eau qui favorisait certaines familles au détriment de plusieurs autres ; l’ administration corrompue du « Waqf » , une plaque à la porte d’entrée de l’église Notre Dame dont le contenu avait été injuste, et la valorisation des tombes privées au dépens des tombes publiques ne firent qu’amplifier le clivage. L’affaire prit de l’ampleur, les points de friction se multiplièrent, les esprits s’échauffèrent. Les familles qui s’estimaient lésées décidèrent de se tourner vers la justice, puis vers les autorités religieuses qui, en prenant partie pour un clan déterminé, leur opposèrent une fin de non-recevoir.

Ces luttes eurent des conséquences néfastes. Elles consacrèrent la scission du village en deux clans : l’un, appuyé par le Patriarche, l’évêque maronite et le Kaïmakam ; l’autre, celui du reste de la population, prête à l’explosion.

2- Le protestantisme

Martin-lutherCette crise avait atteint un point de non retour. Les Baabdathiens eurent un dernier recours : celui de demander le passage au rite latin. Après « mûre et sérieuse réflexion », ils en présentèrent officiellement la requête à Mgr. Gaudenzio Bonfigli, Délégué Apostolique. La demande ne fut pas prise au sérieux car, non seulement elle ne réglait pas les problèmes mais elle en suscitait d’autres.

Ils décidèrent alors de se tourner vers le protestantisme. Ils furent reçus à bras ouverts par Théophile Waldmeyer, pasteur des Friends-Quakers, installés à Broummana, village voisin de Baabdath. Les protestants cherchaient alors, par tous les moyens, à s’adjoindre de nouveaux adeptes, en leur prodiguant une aide matérielle et une aide scolaire pour leurs enfants. Le pasteur promit l’ouverture d’une école et l’envoi d’un pasteur pour le culte, chaque dimanche. Ainsi, il loua une maison qui servirait à la fois d’église, puis d’école. Elle fut inaugurée dans le culte protestant le dimanche 28 février 1892.

Cependant, ces nouveaux protestants gardaient vivante et chevillée au cœur leur foi catholique, mais résistèrent à toutes les tentatives de les faire revenir au rite maronite.

3- Le latinisme

Le latinisme
De longues tractations entre l’évêque maronite et le Patriarche, la délégation apostolique à Beyrouth et la Sacrée Congrégation pour la propagation de la foi à Rome aboutirent à la décision finale : admettre les « protestants » Baabdathiens dans le rite latin et confier leur service religieux aux Capucins sous la juridiction du Délégué Apostolique.

Depuis leur installation au Liban en 1626, les Capucins n’avaient jamais essayé de faire passer les Maronites au rite Latin, ni accepté un seul postulant dans leur Ordre. Ils étaient considérés comme des appuis à leurs confrères orientaux.

Malgré leur réticence, il leur fallut tout de même obéir. Le Père André de Leonessa fut ainsi désigné pour prendre en charge les « latinisés ». Il était en Orient depuis plus de vingt ans, il parlait l’arabe, et avait lancé, à Salima, le Collège Notre Dame de Lourdes, qu’il avait dirigé pendant dix ans. Sur ordre des Supérieurs, le Collège venait d’être fermé. Nul donc mieux que lui n’était désigné pour prendre Baabdath en main.
Sa mission commença le 5 janvier 1893. Elle mit le point final à la présence protestante, commencée le 28 février 1892. Celle-ci aura duré dix mois et une semaine. Ce jour là, le Père André rassembla son peuple, soit une foule de 722 personnes dans l’église S. Georges des Maronites, leur donna l’absolution de l’apostasie commise, et les déclara, au nom du Saint-Siège, paroisse latine sous la juridiction du Délégué Apostolique.

Ainsi fut créée la Paroisse Saint Antoine de Padoue à Baabdath, foyer de prière et lieu de refuge momentané pour les opprimés… en attendant le jour béni de la réconciliation.

4- L’installation:

a- Le cimetière

cimetieres02Après la profession de foi catholique de leurs 722 paroissiens, les capucins allèrent au plus urgent. Il fallait absolument un terrain pour enterrer les morts éventuels sans affronter de nouveaux conflits. À cet effet, ils achetèrent un terrain aménagé en cimetière. Plus tard, le regretté Jean Labaki y ajouta une parcelle de son héritage. Bien plus tard en 1970, les capucins confièrent à M. Toufic Labaki la restauration du cimetière avec la custodie et les paroissiens. Aujourd’hui, le cimetière a pris une forme nouvelle après l’achat d’un terrain contigu appartenant à M. Milad Charabati. Au milieu du nouveau terrain a été érigée une chapelle mortuaire destinée à commémorer la mémoire de tous les capucins qui ont servi ou serviront nos établissements.

 

b- Les écoles

Le père André de Léonissa savait très bien que Dieu n’est pas le Dieu des morts et que lui, premier curé, avait à s’occuper de ses paroissiens. Il engagea les démarches pour leur bâtir une église, entreprise qui demandait des années. Entre temps, il fallait instruire et éduquer la jeunesse – il en était familier avec les 15 écoles du village qu’il patronnait à Salima. Ainsi furent créées l’école des garçons et celle des filles, confiées à d’excellents éducateurs. Nous devons un hommage particulier à un vétéran M. Michel, pasteur remarquable qui devint prêtre et curé des maronites de Baabdath, avec le nom de Abouna Mikhaël Labaki. Plus importante que le niveau scolaire était l’ambiance religieuse à l’école et à la paroisse qui devint une pépinière de vocations. Quatre jeunes sollicitèrent leur adhésion à l’ordre capucin. Faveur qui leur sera accordée (nous en reparlerons dans un article prochain).

c- La nouvelle église

IMG_59488Après avoir doté leur paroisse d’un cimetière et d’une école, il restait aux capucins de construire une église à eux en remplacement de l’église maronite St Georges. Les travaux furent confiés à l’ingénieur Combe et se prolongèrent de longs mois à cause de la lenteur du financement.

En juin 1900 fut consacrée dans la joie l’église St-Antoine de Padoue flanquée d’une résidence pour les prêtres. Elle était belle avec sa structure hexagonale. Plus tard en 1908, un nouveau curé, le P. Bruno de Pont à Mousson, y mit tout son art de peintre. Il décore le sanctuaire avec les scènes conserves jusqu’aujourd’hui. Les nefs et le plafond n’eurent pas l’honneur d’être protégés. La moisissure les attaqua, les parois s’effritèrent à un degré irréparable. En 1995, il fallut se résigner à les supprimer pour laisser place à la pierre, très belle d’ailleurs. Beaucoup de paroissiens regrettèrent la disparition des fresques représentant, à côté du confessionnal, la fresque de l’enfant prodigue, et près de l’autel latéral la fresque du mulet adorant la Sainte Hostie portée par Saint-Antoine.

d- Les fresques de l’église S. Antoine de Padoue à Baabdath

fresquesDepuis sa construction en 1900, date indiquée sur une plaque apposée au tympan du fronton surmontant le portique de l’église, plusieurs peintres ont montré leur talent dans les fresques de l’autel, du plafond et des murs latéraux. Nous allons les présenter par ordre chronologique :

DSC088301- Ludovicus Zaiwker, peintre allemand protestant, le premier a avoir dessiné sur les murs des phrases en arabe, sans en connaître le sens. P. Antoine de Baltagia, Capucin bulgare, premier curé de S. Antoine, l’a initié au catéchisme de l’Église catholique et l’a baptisé à S. Antoine après qu’il ait renié son affiliation à une secte protestante, lors d’une séance publique tenue à l’église même, le 8 décembre 1901, en présence de plusieurs témoins. Il ne reste rien de ces phrases arabes dessinées.

DSC0882992- P. Bruno de Pont-à-Mousson, Capucin français, curé de S. Antoine de 1908 à 1914, puis de 1919 à 1927. C’est lui qui a dessiné la plupart des fresques, celles surtout de l’autel et du plafond. Des experts en art, tels que : P. Jean Sader, religieux Antonin Libanais et peintre, P. Abdo Badawi, religieux de l’Ordre Libanais Maronite et peintre, ont évalué ces fresques et montré qu’elles ressemblent à celles du Siège patriarcale de Diman. De plus, elles relèvent de l’École italienne de peinture, Baroque et Roccoco.

DSC088322On peut aussi attribuer à P. Bruno le tétramorphe ou les 4 symboles des évangélistes, à savoir : L’homme pour Matthieu, le lion pour Marc, le taureau pour Luc, l’aigle pour Jean. Le tétramorphe a été remplacé par les graffitis, lors de la restauration de l’église qui a eu lieu en 1995.

On aurait tendance à penser que P. Léonard Melki, notre futur Bienheureux, lors de son séjour à Baabdath en 1911, a pu mettre la main dans les fresques de P. Bruno, vu les compétences artistiques dont il jouissait.

DSC088283- Un peintre polonais inconnu, installé à Baabdath avec la Colonie des Polonais qui ont fui leur pays lors de la deuxième Guerre mondiale. On lui attribue deux fresques qui étaient à l’entrée de l’église, l’une à gauche représentant l’enfant prodigue, l’autre à droite, représentant le miracle de la mule s’agenouillant devant le Saint Sacrement porté par S. Antoine de Padoue.

DSC08831Antoine Lammens, grand restaurateur des musées de France, qui n’a aucune relation avec le P. jésuite du même nom, invité à Baabdath par des laïcs zélés pour donner son avis sur le projet de restauration de l’église de 1995, a recommandé de conserver ces deux fresques qui ont une nette valeur artistique. Le conseil n’a pas été suivi.

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De nos jours, les fresques restantes, malgré leur valeur artistique minime, font partie du Patrimoine chrétien de Baabdath. Nous devons veiller à ce qu’elles restent en bon état.

e- Premières vocations capucines

Le but des Capucins fut d’élever leurs nouveaux paroissiens à un niveau spirituel tel qu’il puisse les amener à oublier et pardonner le passé. Ils exécutèrent ce travail de longue haleine en profondeur, en donnant le témoignage d’une vie de prière, d’austérité et de dévouement. La vie dans leur église paroissiale, dédiée à saint Antoine de Padoue, était le plus éloquent des discours.
Le Père André de Leonessa (Italien) et son confrère le Père François-Marie Zein de Salima (Libanais), et après eux le père Gabriel-Marie Kneider d’Alep (Syrien) centrèrent leur attention sur les jeunes. Et voici que quatre d’entre eux vinrent leur soumettre leur vif désir de les rejoindre dans la vie religieuse capucine. Lentement, ils les préparèrent, leur donnant les premiers éléments de langue italienne adoptée au petit séminaire de San Stefano près d’Istanbul, où ils les envoyèrent, en août 1897.

f- Les postulants Baabdathiens

Untitled-1-(2)Ces quatre premiers postulants Baabdathiens pour San Stefano étaient :

– Youssef Habib MELKI, né le 1/10/1881, devenu Père Léonard, martyr à Mardine, le 11 juin 1915.
– Geries Hanna SALEH, né en 1879, devenu Père Thomas, martyr à Marache, le 18 janvier 1917.
– Farés Mansour Fadel, né le 7/2/1879, devenu Père Bonaventure, déporté avec le Père Thomas, il survécut et revint au Liban. Il mourut à Deir-Ezzour (Syrie) le 15/8/1936.
– Michel Nouhra LABAKI. Ce dernier ne tarda pas à revenir au Liban où, rejoignant la vie civile, il se maria en 1916. Né en 1884, il décéda le 27 août 1971, sans héritiers, et fut enterré à Beit-Mery (Liban).

kanj– Deux ans plus tard, un cinquième postulant, Mikhaël Kanj ALLABAKI, les rejoignit. Devenu Père Paul, missionnaire à Antioche, Mersine, Adana et Tarse, il revint à Beyrouth où il continua son apostolat à la cathédrale S. Louis.  Né le 13/9/1882, il décéda au Liban le 8/2/1963, à l’âge de 81 ans dont 60 de religion, et fut enterré en l’église Notre Dame de Baabdath, à côté de son frère, le P. Youssef Kanj Labaki, prêtre maronite.

– Après lui, un an plus tard, un sixième postulant, Elias Youssef FADDOUL, les rejoignit. Devenu P. Elie, missionnaire dans les îles grecques, il choisit de ne plus revenir au Liban et préféra partir au Brésil y continuer le service de l’Église et des émigrés orientaux, comme prêtre séculier. Né le 2/3/1883, il décéda au Brésil.

g- Capucins d’avant-guerre

capucinLa belle figure des deux martyrs Léonard et Thomas ne doit pas nous faire oublier cette pléiade de missionnaires qui se consacrèrent à l’apostolat paroissial: Le P. André de Léonissa, qui reçut la profession de foi de ses 722 paroissien le 5 janvier 1893, fut appelé à remplir le rôle de supérieur de la mission, Accablé, malade, il écrivit au P. général : « Donnez-moi l’autorisation de revenir en Italie. Quand ma lettre vous arrivera, je serai peut-être déjà mort.»

De fait quand la lettre arriva, il était mort quatre jours avant.

Nous n’avons aucune information sur le sort du P. François Marie Zein de Salima. Il rejoignit sa province d’origine.

Le P. Gabriel Marie d’Alep vit tomber sur lui les foudres du délégué apostolique de Tyr pour avoir conduit à Istamboul les 4 premiers candidats capucins.

Le P. Gabriel Marie était innocent. Le fond du problème était que le délégué apostolique ne voulait absolument pas de clergé latin oriental.

Après le Père Gabriel Marie, Baabdath eut à déplorer la perte d’un jeune prêtre italien, élève de Boudja. Après avoir célébré les offices de la semaine sainte et la messe de Pâques, il fut pris d’un malaise inexplicable. Il s’effondra à l’âge de 31 ans.

Son successeur, lui aussi élève de Boudja, mérite une place spéciale. Sans la foi et la prière de son père, nous aurions assisté à une douloureuse apostasie. En effet découragé, mal compris, harcelé par les intrigues gouvernementales, il avait décidé de quitter les capucins. pis encore d’abandonner le sacerdoce. Son père lui écrivit une lettre pathétique. Il était son père, donc prêt à le recevoir comme l’enfant prodigue. Mais il le suppliait de ne pas lui briser le cœur par cet acte insensé. « Va devant l’autel, prie à genoux. » Il le fit, fondit en larmes et reprit son énergie. Il se promit, pour compenser, de faire de Baabdath une paroisse modèle. Il voulut y introduire tous les organismes qu’on trouve en général en Europe. Coup sur coup, il lança la Congrégation de la Vierge, la chorale en français et en arabe, le Tiers Ordre de St François confié au Bienheureux Père Jacques (Abouna Yaoub). Il reprit en main l’école des garçons et appela les sœurs de la Charité de Besançon pour prendre en main son école de filles. Les sœurs y réussirent si bien que peu après, elles eurent la direction exclusive de l’école actuelle du village. Il lança une originalité : celle du son de l’angélus et le tintement chaque soir à 8h d’un appel à la prière pour les morts. Dommage qu’on l’ait abandonné.

Un accident mérite d’être mentionné. Les tertiaires de Père Jacques avaient l’habitude de tenir leur réunion à 3h chaque mois.

En ce 9 février, fête de St Maron, le Père Jacques avait devancé l’horaire, étant retenu ailleurs.

Tous avaient déjà quitté l’église quand une foudre épouvantable s’abattit, les cloches tombèrent, une d’entre-elle prit feu, l’autre fracassa la table de marbre de l’autel. Pas de victimes, grâce à Dieu.

h- Restauration de l’Église

Nos lecteurs sont invités à regarder l’intérieur du tabernacle. Lors de la restauration de l’église en 1995, nous avons tenu à ce que la porte du tabernacle soit précisément une partie de la table de marbre avec l’inscription de l’époque rappelant le choc de la foudre.

En 1908, le Père Antonio Maria de Baltagia revint en Bulgarie. Il avait eu deux ans plus tôt la joie de revoir ses confrères de Boudja Thomas et Léonard, venus célébrer leurs premières messes au village.

Nous nous sommes déjà arrêtés sur la figure de Père Bruno de Pont-à-Mousson, le peintre prodigieux qui décora le sanctuaire, le plafond et les nefs. Nous signalons un détail en son honneur. Religieux strict, il se devait d’observer le jeûne. Mais perché là-haut sur son échafaudage, il risquait d’être pris de vertige. Humblement, il écrivit au supérieur pour être dispensé du jeûne…

La présence des Capucins, depuis plus d’un siècle, et celle des Sœurs de la Charité de Besançon, arrivées en 1907, ont fait de Baabdath un village privilégié. Le niveau culturel, atteint grâce aux Missionnaires, permit aux Baabdathiens d’occuper de hautes charges dans l’Armée, le Parlement, l’Université, le commerce, l’industrie, l’Administration publique et le monde des affaires.
Le village peut se glorifier aussi d’avoir donné à l’Église une belle gerbe de prêtres et de religieuses qui ont tenu haut le flambeau de la foi et de la charité.

  • Les informations de cet article ont été puisées sur les sites :

www.capucinsorient.org/files/histoire2.htm

www.leonardmelki.org

et dans le livre de Dr. Joseph Labaki : Baabdath entre le maronitisme, le protestantisme et le latinisme, 1890-1920, Patrimoine chrétien de Baabdath, No. 5, Computype, 2013, 464 pages.

Avec l’aimable autorisation de M. Fares Melki