MOT DE MONSEIGNEUR PAUL DAHDAH

Vicaire apostolique de Beyrouth, des latins
Archevêque titulaire d’Are de Numidie

 

 

Monseigneur Paul Dahdah, vicaire Apostolique de Beyrouth, des latins, et archevêque titulaire d’Are de Numidie, est l’autorité la plus qualifiée pour nous renseigner sur l’importance et la place de la communauté latine au Liban, en Syrie et en Irak.

Ci-dessous quelques réflexions qu’il avait très aimablement accepté de nous livrer dans son salon de l’archevêché, sur des sujets qui demeurent d’une brûlante actualité. 

Monseigneur, vous avez pour responsabilité première la communauté latine du Liban; à combien de fidèles pouvons-nous estimer cette communauté?

            Puisqu’aucun recensement n’a pu être effectué depuis plusieurs décennies au Liban, il nous est difficile de donner un chiffre exact de la communauté latine du Liban. Nous pouvons cependant estimer la communauté de latins du Liban entre 10.000 et 15.000 personnes, ce nombre comprenant les résidents permanents dans le pays, et ceux qui sont établis à l’étranger

Qu’en est-il de la communion Ecclésiale entre les églises orientales catholiques?

Il ne faudrait plus parler des Églises catholiques du Liban, mais de l’Église catholique au Liban. Mon souhait est d’arriver, tout en préservant et en conservant les privilèges et les spécificités de chaque Église et de chaque communauté, à faire abstraction d’un certain « confessionnalisme entre catholiques » pour ne plus considérer qu’une seule et unique Église catholique guidée par les enseignements du Christ…

Il faut insister sur le fait d’être d’abord et avant tout chrétiens, catholiques, et par la suite maronite, ou autre. Les fondements de l’Église sont clairs, ils sont essentiels, ce sont eux qui relient les Églises locales et les font appartenir à ce corps ecclésial universel. Nous devons donc construire sur ces fondements communs l’avenir et l’unité de nos Églises.

…Il est nécessaire qu’une nouvelle et véritable harmonie entre les différentes Églises catholiques au Liban puisse voir le jour, pour qu’une preuve vivante de cette communion ecclésiale soit enfin vécue dans notre quotidien, et qu’elle devienne un point de départ fructueux pour l’avenir de l’Église d’Orient….Je ne crois pas personnellement à une fusion totale, mais à plus d’ouverture et de dialogue entre les différentes Églises.

Comment envisagez-vous le rôle des laïcs au sein de l’Église ?

A partir du concile Vatican II, les laïcs ont eu un véritable rôle à jouer. L’Église ne faisait que leur rappeler leur droit le plus strict ; les laïcs sont partie prenante et constituante de l’Église. Ils sont donc aussi une partie agissante de celle-ci.

Je suis donc très favorable au rôle des laïcs. Mais il faut que ceux-ci soient formés par les structures ecclésiales, qu’ils sachent quel est leur rôle, et où sont leurs limites ; alors les choses peuvent évoluer positivement et la mission de l’Église peut grandir grâce à leur concours.

Il faut que les laïcs aient leur rôle. On a besoin d’eux car il y a des domaines de la vie sociale où le clergé ne peut pas intervenir. Ils sont le lien nécessaire entre la vie de la société et la vie de l’Église. Il faut donc les appuyer, les encourager, et cela doit se faire sans heurts. Le clergé doit alors jouer le rôle de conseiller et d’accompagnateur, dans le calme et le partage des responsabilités.

Monseigneur, dans la conjoncture actuelle que traverse la région, quel est pour vous l’avenir des chrétiens d’Orient ?

Si nous nous référons aux événements qui jalonnent les 20 dernières années dans la région, il est clair que les chrétiens sont en voie de disparition, et cette disparition prend la voie de l’exode.

Pour tenter d’enrayer cet exode, il faut encourager les chrétiens à demeurer dans leur pays d’origine, en les soutenant dans leurs démarches quotidiennes, mais il faut surtout un travail à une plus vaste échelle, à un niveau international Il faut un éveil, une véritable volonté internationale d’agir pour la préservation de ce trésor qu’est la présence chrétienne en Orient. Nous seuls ne pouvons rien faire pour changer la donne, si ce n’est par notre présence et notre ouverture au dialogue, avec l’ensemble des autres communautés religieuses avec lesquelles nous partageons notre vie, notre histoire, et notre devenir.

Il nous reste la foi, et la persévérance pour confirmer notre existence et notre utilité dans ce monde en grande mutation.

Monseigneur, quel serait votre message pastoral pour les latins du Liban ?

Je souhaite que les latins du Liban deviennent les fils de l’Église universelle, et qu’ils soient ouverts au dialogue avec tous. Faire du confessionnalisme, à l’intérieur ou à l’extérieur de l’Église, cela ne sert à rien. Nous croyons tous en Jésus-Christ, et c’est en son nom que nous avons été baptisés. Et tout en étant une minorité, je reconnais que nous sommes en train de jouer un grand rôle dans le sens du dialogue intercommunautaire ! C’est là notre mission, et quelque soient les difficultés que nous rencontrons, il faut que notre action renforce ce dialogue inter-ecclésial et intercommunautaire pour assurer aux nouvelles générations un avenir serein et libre.