Mot du Nonce Apostolique au Liban

Son Excellence Gabriele Caccia

 

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Ci-dessous, quelques extraits d’échanges avec le Nonce Apostolique, au regard des évènements qui ont eu lieu dans notre région, et qui sont toujours au centre de l’attention mondiale chrétienne au niveau spirituel et social.

Excellence, parlez-nous de la visite qu’avait effectuée S.S. Benoit XVI au Liban, et de son impact sur les différentes communautés.

« Cette visite aura eu plusieurs dimensions, ecclésiales, sociales, nationales, régionales et même internationales. Elle aura souligné et renforcé les excellentes relations qui depuis toujours existent entre le Saint-Siège et le Liban. Elle aura manifesté aussi la collaboration des différentes Églises catholiques et aura soutenu la convivialité et le dialogue entre les différentes communautés….

«… Le Saint Père était venu comme ami de Dieu, et successeur de Pierre, rappeler à tous l’importance de la présence de Dieu dans la vie de chacun et pour confirmer les chrétiens dans leur foi. Il était venu également comme ami des hommes, pour nous rappeler que nous sommes destinés à vivre ensemble et que cette convivialité est basée sur nos égards et notre bienveillance envers l’autre….

« …Sa démarche était celle d’un pèlerin de paix, pour proclamer et donner la paix reçue du Christ ressuscité qui a dit à ses apôtres «Ma paix soit avec vous». Une paix enracinée dans la justice, dans le respect de l’autre, dans la dignité de chaque personne devant Dieu, et la communauté. Une paix qui doit se réaliser à travers le dialogue et dans un esprit de réconciliation et de pardon réciproque là où certaines blessures demeurent encore.

« …Cette région du monde est particulièrement chère à tous les chrétiens, parce que c’est là que leur foi est née et y demeure encore. Une terre bénie par la présence du Christ et de ses premiers apôtres, mais une terre qui est aussi chère aux croyants des autres religions monothéistes. Une terre donc, qui, de par soi-même, exige la capacité de « vivre ensemble » et de partager un destin commun

Comment croyez-vous qu’aujourd’hui nous puissions comprendre justement cette démarche, dans un monde qui s’éloigne de plus en plus, et de l’homme et de Dieu ?

« …Je pense que cette expression «Ami de Dieu » qui est biblique, reflète l’essence même de la personne du successeur de Pierre et du Pape. Elle répond exactement au constat que Dieu disparait de l’horizon quotidien des gens. L’Occident surtout est à la fois une région très riche mais en même temps très pauvre car il s’éloigne de Dieu, et quand on s’éloigne de Dieu, il y a toujours des idoles (argent, succès, pouvoir) qui prennent sa place… Quand ces idoles prennent la place du vrai Dieu, on blesse ceux qui portent l’image de Dieu et cela va toujours contre le bien de l’humanité.

«… C’est dans ce sens qu’il faut comprendre l’urgence, pour l’Occident surtout, de commencer un parcours de réappropriation de ce message du Christ qu’il a un peu abandonné.

«… Ce qui est vrai pour l’Occident l’est aussi pour l’Orient. Car c’est là que différentes religions côtoient les chrétiens. Il faut redécouvrir la profondeur et l’appartenance à la communauté, pour avoir aussi une cohérence de vie. Les chrétiens sont appelés à être dans leur vie, et à l’image du Christ, messagers de paix et d’amour. Si nous ne le sommes pas, alors nous avons le titre de Chrétiens mais pas l’esprit et la vérité de notre vocation.

« …Il faut que nous redécouvrions la dimension missionnaire de notre foi. L’Evangile est adressé au monde entier. C’est un message de libération, et de rédemption. C’est un message d’espoir adressé à tous les hommes.

« …Ce message est donc à la fois destiné à nous faire reprendre conscience de ce que nous sommes, et découvrir en nous les richesses enfouies dans notre foi, mais aussi à reprendre conscience de la mission de chrétiens que nous avons. Car le message du Christ était : « Allez dans le monde entier, sortez de Jérusalem… ». Cet esprit aussi doit renaître avec la certitude de la beauté du message de notre foi.

« …Cette démarche est, non seulement possible, mais nécessaire, et va conforter ceux qui travaillent dans cette direction qui est la seule pour l’avenir du monde, appelé à vivre ensemble dans la pluralité et dans le respect de la diversité. Si on utilise Dieu à des fins politiques, cela va à l’encontre d’une attitude religieuse véritable, car l’esprit religieux véritable considère toujours Dieu non pas comme un moyen pour réaliser d’autres choses mais comme une finalité à laquelle toutes les autres choses sont reliées. 

«Ma paix soit avec vous». Comment pensez-vous que cette paix pourrait s’installer d’abord dans les cœurs, ensuite dans le commun de la vie de tous ?

« …La paix du cœur, comme la paix dans les relations internationales, est liée toujours à la justice, donc on ne peut pas avoir une paix sans la justice. Mais la justice est toujours liée à la capacité de pardon. Pas de paix sans justice. Et pas de justice sans pardon. S’il y a volonté d’unité, on est capable de réconciliation. C’est ce que nous apprend la miséricorde de Dieu que nous devons appliquer aussi dans les relations avec notre prochain.

« …Au Liban, chrétiens et musulmans fêtent ensemble le 25 mars autour de la Vierge Marie. La Vierge a accueilli la parole de Dieu dans sa vie. Ainsi sommes-nous appelés à accueillir la parole de Dieu avec un esprit d’ouverture et de générosité. Mais accueillir la parole de Dieu implique aussi de transformer notre vie à l’image de la sienne. Donc, prier la Vierge pour qu’elle devienne pour chacun de nous un principe inspirateur qui nous donne la capacité d’accueillir le Christ et de le donner comme elle l’a fait.

« …Vous savez, il y a deux mots très simples dans notre vie quotidienne, le « oui » et le « non». Le « non » qu’Ève a donné à Dieu, a signifié la division, l’éloignement de Dieu, et donc du prochain, avec la nature. La Vierge est celle qui a utilisé un autre mot, le « oui». Ce « oui» a permis une nouvelle relation avec Dieu, une nouvelle relation avec l’humanité et même avec la création toute entière. Nous sommes appelés à passer du « non » qui est naturel, au « oui » qui est la grâce de Dieu en nous ».