Le sacrement de l’Ordre

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Sacrement du ministère apostolique, c’est grâce à lui que la mission confiée par le Christ à ses Apôtres continue à être exercée dans l’Église jusqu’à la fin des temps.

Ceux qui reçoivent le Sacrement de l’Ordre sont consacrés pour être, au nom du Christ, par la parole et la grâce de Dieu, les pasteurs de l’Église. Depuis les origines de l’Église, le ministère ordonné a été conféré et exercé à trois degrés: celui des évêques, celui des prêtres et celui des diacres.

Le don spirituel que confère l’ordination est exprimé par cette prière propre au rite byzantin. L’évêque, en imposant la main, dit entre autres :

« Seigneur, remplis du don du Saint-Esprit celui que tu as daigné élever au degré du sacerdoce afin qu’il soit digne de se tenir sans reproche devant ton autel, d’annoncer l’Évangile de ton Royaume, d’accomplir le ministère de ta parole de vérité, de t’offrir des dons et des sacrifices spirituels, de renouveler ton peuple par le bain de la régénération ; de sorte que lui-même aille à la rencontre de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ, ton Fils unique, au jour de son second avènement, et qu’il reçoive de ton immense bonté la récompense d’une fidèle administration de son ordre » (Catéchisme de l’Église catholique, article 1587).

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Au fil de l’histoire…

Dès le début de sa vie publique, et pendant trois ans, Jésus s’entoure de douze « apôtres » (qui signifie « envoyés »). Le soir de la Cène, il les rassemble et leur demande de continuer, en mémoire de Lui, à partager le pain et le vin, signes de sa présence. A plusieurs reprises, il leur apparaît après sa Résurrection et leur donne le pouvoir de pardonner les péchés. Et lorsqu’il les quitte, le jour de l’Ascension, il leur demande de porter la Bonne Nouvelle à toute la terre. Ils partiront alors, après la Pentecôte et forts de l’Esprit-Saint, à travers tout le monde méditerranéen, voire même plus loin.

Dans la première communauté chrétienne, après s’être adjoints des collaborateurs chargés du partage et de la charité, les apôtres s’entourent de conseillers, réputés sages, les « anciens » (en grec « presbyteros », d’où les mots « prêtre » et « presbytère »). Ceux-ci président des assemblées de prière. Certains sont chargés de la prédication ou encore des onctions d’huile aux malades.

Les communautés se développant, on voit alors apparaitre des  épiscopes  (du grec « episcopos » : celui qui est chargé de surveiller, d’où le mot « évêque »), responsables de l’ensemble de la communauté. Calquant le modèle de l’administration impériale de Rome, les responsables de l’Eglise deviennent ensuite, en quelque sorte, membres d’une fonction publique.

C’est vers le XIème siècle, alors que se multiplient les abus et les cas de corruption liés à la confusion entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel, et que les mœurs du clergé se relâchent, que l’Eglise d’Occident instaure le célibat des prêtres. Et on ne pourra donc plus transmettre les charges paroissiales de père en fils…

Si, selon la tradition de l’Eglise, le Christ est l’unique prêtre de la foi chrétienne et qu’ évêques, prêtres, et diacres en sont ses « ministres », toutes les Eglises chrétiennes reconnaissent cependant que tout chrétien, par le fait même de son baptême, reçoit la mission d’annoncer et de faire grandir le royaume de Dieu et se voit parfois confier des fonctions de service, appelées « ministères ».

Les trois ordres du clergé catholique

A l’intérieur du clergé catholique, et comme dans les premiers temps de l’Eglise, on distingue aujourd’hui, trois « ordres » : les évêques, les prêtres et les diacres. Chacun accède à son ordre par le sacrement de l’ordre, également appelé « l’ordination », conféré une fois pour toutes. Les évêques, les prêtres et les diacres le demeurent donc pour la vie, quelles que soient leurs orientations ultérieures.

Les Eglises orthodoxes

Elles sont soumises à la même hiérarchie que celle du clergé catholique, en y ajoutant deux ordres mineurs : les sous-diacres et les lecteurs. Mais se distinguent par le fait que les prêtres peuvent être mariés, et exercer une activité professionnelle.

Les Eglises protestantes

Seule compte pour elles la reconnaissance du ministre par la communauté et par une autorité d’Eglise. Il ne s’agit pas alors pour eux de recevoir un sacrement, mais une formation théologique de 5 ans, suivie d’une maitrise et d’un stage de deux ans auprès d’un pasteur expérimenté.

Les évêques :

Successeurs des apôtres, choisis parmi les prêtres, et nommés par le pape, ils ont pour mission de veiller sur la communauté et de la protéger, afin que celle-ci se comporte le plus justement possible en véritable Peuple de Dieu. Responsables du gouvernement de leur diocèse, ils ont aussi la responsabilité d’ordonner les prêtres et de célébrer le sacrement de confirmation.

Dans le droit de l’Eglise, les évêques reçoivent « la plénitude du sacrement de l’ordre », et forment le « Collège apostolique ». Envoyés ensemble au monde entier, ils portent en commun le souci de toutes les Eglises.

Le Concile Vatican II a insisté sur ce qu’on appelle « la collégialité épiscopale », à savoir que les évêques du monde entier sont, ensemble, responsables de la vie de l’Eglise universelle.

Au sein, et à la tête de ce collège, l’évêque de Rome, le pape, assume la charge spécifique de Pierre.

L’évêque reçoit ordinairement la charge d’un diocèse après sa « consécration », célébrée elle-même par au moins trois évêques.

Les prêtres :

Le Concile de Trente avait défini le prêtre comme étant celui qui a, au nom du Christ, le pouvoir de célébrer l’Eucharistie et de pardonner les péchés.

De nos jours, le concile Vatican II a replacé le rôle du prêtre dans une perspective plus large : sa mission est de rendre présent le Christ parmi les hommes, d’animer la communauté des croyants, d’annoncer la Parole et de la commenter lors de l’homélie. Il préside la célébration de l’eucharistie, pardonne les péchés, baptise, donne l’onction des malades et célèbre les mariages. La présence du prêtre consiste à éveiller chacun au Christ et à sa Parole libératrice

Le prêtre est ordonné par l’évêque de son diocèse.

Les diacres :

Le mot « diacre » signifie « serviteur ». En lien avec l’évêque et les prêtres, les diacres sont ordonnés à la « diaconie » dont la mission consiste à aider l’évêque et ses prêtres « dans le service de la Parole, de l’autel et de la charité ». Dans cette optique, le diacre se montre le serviteur de tous en proclamant la parole, en cultivant la solidarité et en participant à la liturgie. Il peut aussi être envoyé par l’évêque pour porter la Parole aux incroyants.

Le concile Vatican II a également marqué le renouveau de la fonction de « diacre permanent ». Ce sont des hommes mariés ou célibataires qui, tout en exerçant une activité professionnelle, préparent et célèbrent les sacrements de baptême et de mariage et président les funérailles. Leur mission n’est pas de remplacer les prêtres manquants, mais d’éveiller les laïcs au service des hommes et de promouvoir un monde plus juste et fraternel. Chacun reçoit de l’évêque une mission particulière, souvent liée à son expérience professionnelle.

Comment se déroule une ordination ?

Tout commence par un dialogue entre l’évêque et « l’ordinand ». au cours duquel celui-ci confirme son engagement.

Quatre gestes caractérisent le sacrement de l’ordre :

  • La prostration. Pendant que les fidèles rassemblés prient, l’ordinand est allongé sur le sol, face contre terre, manifestant ainsi le don total de lui-même.
  • L’imposition des mains. Celle-ci est accompagnée d’une prière prononcée par l’évêque. Geste d’appel de l’Esprit-Saint, c’est aussi un geste de bénédiction et de transmission.

N.B. L’imposition des mains se fait par l’évêque seul pour l’ordination d’un diacre ; par tous les évêques et les prêtres présents, pour celle d’un futur prêtre ; et par tous les évêques présents, pour celle d’un futur évêque.

  • L’onction. Une touche de saint chrême est appliqué sur la tête du futur évêque (pour qu’il soit pénétré de la grâce de Dieu) et sur la paume des mains du futur prêtre (car c’est avec ses mains qu’il célèbrera l’eucharistie).
  • La remise des objets significatifs de la fonction. Le nouvel évêque reçoit un anneau épiscopal, signe de sa fidélité à l’Eglise, la mitre, puis la crosse qui rappelle le bâton du berger. Le nouveau prêtre reçoit une patène et une coupe pour la célébration de l’Eucharistie, ainsi que le vêtement liturgique et l’Evangile. Le diacre reçoit l’étole, signifiant sa fonction de service, et l’Evangile qu’il est chargé d’annoncer.

Pourquoi les prêtres catholiques n’ont-ils pas le droit de se marier ?

Jusqu’au Moyen-âge, aussi bien dans l’Eglise d’Orient que dans celle d’Occident, certains prêtres pouvaient être mariés. Cependant après certains abus et scandales, Rome a estimé plus adapté de calquer le modèle du prêtre sur celui du moine célibataire. Depuis, cette discipline est toujours en vigueur dans l’Eglise catholique latine. Certaines églises orientales quoiqu’en communion avec Rome, autorisent cependant leurs prêtres (mais pas leurs évêques) à se marier.

La chasteté, vécue dans le célibat, se veut un signe de l’attachement déterminant des prêtres au Christ et à l’Eglise, d’une vie toute entière donnée au Christ et au service de son Evangile. Il faut noter pourtant, au sein de l’Eglise catholique, un courant en faveur de l’ordination d’hommes mariés, « viri probati » (« hommes mûrs et d’expérience »).

Cependant, l’affirmation selon laquelle la levée d’obligation de célibat pour les prêtres catholiques encouragerait les vocations ne semble pas fondée. Les causes de la crise des vocations sont plus à rechercher du côté des difficultés propres à l’exercice du ministère, notamment dans les pays occidentaux : solitude, absence de reconnaissance sociale, flou dans la définition des rôles…

Pourquoi l’Eglise catholique n’ordonne-t-elle pas de femmes prêtres ?

A ce sujet, l’Eglise catholique rappelle plusieurs points, aujourd’hui en débat dans l’opinion publique :

Jésus lui-même était un homme et, compte tenu de la place des femmes dans la société juive de l’époque, n’a appelé que des hommes auprès de lui parmi les Douze.

Aujourd’hui, fortement attachée à l’importance de la différence entre les sexes célébrée par la Bible dès la Genèse et fondement même du mariage, l’Eglise considère que le prêtre agit à l’autel in persona Christi (« en la personne du Christ ») …qui était un homme.

Les Eglises orthodoxes partagent cette position. Mais pas les Eglises protestantes qui considèrent qu’une femme peut être pasteur, voire même devenir l’équivalent d’un Evêque. De même, depuis 1994, pour l’Eglise anglicane.

Est-ce à dire que l’Eglise catholique est misogyne ? Cette affirmation ne résiste pas aux faits : hormis les ministères ordonnés, toutes les fonctions dans l’Eglise catholiques sont ouvertes aux femmes. En matière de transmission de la foi, d’animation paroissiale et liturgique, les femmes en responsabilité occupent une place considérable.

Il faut cependant noter, au sein de l’Eglise catholique, l’existence d’un courant en faveur de l’ordination de diaconesses.

Où en sont les vocations ?

Certes, le prêtre restera indispensable aux communautés pour présider l’eucharistie, pardonner les péchés, animer les communautés et les garder dans l’unité. Mais il demeure un triste constat : le nombre de prêtres a considérablement diminué, et ce, pour diverses raisons : baisse de la pratique religieuse , disparition de la société rurale, baisse du nombre de familles nombreuses catholiques pratiquantes, crainte de beaucoup de jeunes de s’engager pour la vie (dans le ministère ou dans le mariage), etc…Cette évolution conduira naturellement à d’autres manières de vivre la foi, en procédant à la réorganisation des diocèses, au redéploiement des paroisses pour donner naissance à de nouvelles communautés plus vivantes et rayonnantes. A noter qu’en Afrique et en Asie, la hausse des vocations est constante….